Tyger ! Tyger !

Sorce(88)

Nous y voilà ! Nous avons éclairci le mystère en retrouvant une retranscription, mot à mot, des paroles de William Friedkin. Notre piste n’était pas complètement erronée : il ne s’agissait pas d’un nouveau film, mais du « chef-d’œuvre » retrouvé du réalisateur (ne pas oublier les guillemets pour tempérer l’abus promotionnel de cette formule), son « Sorcerer », de 1977, que l’on retrouve avec toutes dents dehors, et sa voracité intacte, restauré en 4KKKK. L’entretien a été mené pour le site Culturopoing. Pour qui voudrait avoir et l’image et la parole, dans un complexe d’intonations audiovisuelles, je vous renvoie à la vidéo en ligne.

patauger dans la jungle avec William Friedkin ?

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fièvre tropicale

Une

Difficilement visible au cinéma, ou bien présenté dans des éditions vidéo recadrées, « Sorcerer » avait acquis une réputation de film « maudit », autant pour son échec commercial que pour son expérience extrême de tournage. Le film, relecture très personnelle du « Salaire de la Peur » (le roman de Georges Arnaud et surtout le film d’Henri-Georges Clouzot) revient sur les écrans en version restaurée. 

un aller simple en Amérique du Sud ?

petite porte

Nulle pesanteur biographique ou hagiographique ici. Avec « Anton Tchekhov 1890 », René Féret dresse un portrait domestique de l’écrivain russe, saisi au cœur des siens dans une ronde de sentiments et de gestes, presque ordinaires. Un mythe humanisé, modeste médecin de campagne de son état, qui découvre son génie.
Un film limpide, emmené par une savoureuse troupe d’acteurs.

Deux ans après « Le prochain film », le cinéaste René Féret revient à une veine historique, en adaptant un épisode de la vie d’Anton Tchekhov. C’est une sorte de nœud crucial dans l’existence de l’écrivain russe alors âgé de 29 ans, qui est arrêté par la date titre, 1890. Tchekhov, qui continue d’exercer sa profession de médecin, et vient juste d’accéder à la notoriété publique pour ses écrits (la consécration du prix Pouchkine ; l’édition massive de ses nouvelles ; et un projet de pièce de théâtre : « La Mouette »), se remet radicalement en cause suite au décès de son jeune frère tuberculeux Kolia. Il décide d’honorer la promesse faite à ce dernier de se rendre sur l’île de Sakhaline, située sur l’extrémité orientale du pays, pour témoigner des conditions d’emprisonnement indignes des forçats, et tout autant de l’extrême dénuement de ses habitants, avec à l’horizon le poison de la prostitution enfantine. Alors qu’il est tenté d’abandonner définitivement l’écriture, ce voyage est aussi pour Tchekhov l’occasion d’éprouver sa vocation : une remise en jeu de l’art, de sa futilité et de ses présomptions, contre le sérieux d’une œuvre sociale…

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temps enroulés

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Disons-le tout de suite, le genre du biopic ne nous a jamais enthousiasmé outre mesure, et l’on craignait qu’en se conformant à l’exercice, le cinéma de Bertrand Bonello se mue en académisme.
Mais qu’on se rassure, avec ses accents viscontiens déclarés, « Saint Laurent » répond autant au biopic – par un certain sens du déroulé chronologique, de la reconstitution – qu’il se l’approprie, et le resserre, pour en faire un portrait fluctuant et assez intériorisé du grand couturier. Le film ne couvre qu’une partie de la vie de St Laurent, la plus intense, de 1967 à 1976 principalement, mais sa structure, émaillée de chevauchements, n’en est pas moins complexe. Des sauts dans le temps (autant que des sautes affectives) tendent le récit, et le rende subjectif, entre signes annonciateurs et remémorations rétrospectives. « Saint Laurent » est une réussite personnelle dans la mesure où Bonello a préféré tailler dans la biographie pour tirer à soi des thèmes, plus sombres et romanesques, qui résonnent avec ses créations antérieures. Il y a dans ce St Laurent (re)modelé, un nouveau mythe, un Janus, les restes d’une Tirésia, d’une poupée dépressive, soit une nature double et contradictoire. La part accordée aux expérimentations visuelles et sonores reste également très large (musique en avant,
split-screen multiples…). Malgré cette générosité, le film laisse, peut-être à cause de son ambition, de ses excès, et de quelques inégalités passagères, des impressions assez partagées.

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jeu d’ombres

comrades_photo02 copieIl y a juste un an, on redécouvrait la somptueuse trilogie autobiographique du réalisateur écossais Bill Douglas (My Childhood / My Ain Folk / My Way Home (1972-1978)). Aujourd’hui, c’est au tour de son quatrième film « Comrades » (1987), premier long-métrage en couleur inédit en France. Cette vaste fresque relate sur un peu plus de 3 heures, le soulèvement d’une poignée de paysans dans le Dorset des années 1830, contre une baisse incessante de leur salaire qui les conduit à la famine. Ces camarades de la première heure vont fonder dans la clandestinité l’une des premières associations de travailleurs, un proto syndicat agricole. Leur mouvement, pacifique, se soldera par une lourde condamnation ; le pouvoir aristocratique ne pouvant tolérer un tel précédent.                                                                                                                                               continuer la lecture>

issue de secours

BirdPeople_3_copyright_archipel35-1024x576 copieIdéalement, il conviendrait de ne rien lire d’un film, pour pouvoir le découvrir lors de sa sortie, en toute innocence. On se contentera donc de donner quelques indices pour préserver les surprises de « Bird People », ce quatrième long métrage de fiction très attendu de Pascale Ferran. Qui sont donc ces « oiseaux » qui transitent dans l’aéroport de Roissy, leurs mobiles en main, discutant dans le vide ? Des hommes d’affaires, des cadres surmenés, des voyageurs ordinaires ? Et autour d’eux : un traducteur, un réceptionniste, le petit personnel d’un hôtel ? Qu’est-ce qui s’échange encore entre eux, sinon des feuilles de route, des services, quelques paroles convenues ? continuer la lecture>

freak scene

maps-to-the-stars-titre copieLe dernier David Cronenberg est apparu sans tapage médiatique. Tout juste a-t-on vu à quelques jours de la sortie des affiches en forme de teasing publicitaire, qui déclinaient chaque personnage comme les cartes d’un jeu de rôle : assistante pyromane, chauffeur prêt à tout, génie en désintox… En dessous des portraits, la fameuse enseigne d’Hollywood, campée en lettres géantes sur sa colline, composait un fond incendiaire. Le ton était donné : critique hollywoodienne, temporalité ambigüe, catalogue de cynisme et de perversité. Pourtant, l’image était un peu trompeuse car « Maps to the Stars » ne se réduit pas à sa violente satire. C’est une tragédie familiale dans laquelle se déploient le mythe hollywoodien et son envers monstrueux, mais aussi un objet narratif complexe à la croisée du conte et du surnaturel. Grâce à l’excellent scénario de Bruce Wagner, Cronenberg renoue avec le meilleur de lui-même : un fantastique innervé dans le réel, un sens de l’effroi presque clinique, une sourde contagion qui alimente le film pour se conclure en symptômes éruptifs. La férocité et l’humour sont bien là, mais distillés dans le drame, avec des pointes de merveilleux, d’incongruité et de crudité. Autant dire qu’on n’attendait pas tant de ce dernier film. Un grand cru. continuer la lecture>

ronde nocturne

Apres la nuiti

à propos de « Après la Nuit (Até Ver La Luz) » de Basil Da Cunha (sortie le 23 avril 2014)

Le titre français du premier long métrage du jeune réalisateur suisse/portugais, Basil Da Cunha, renvoie inévitablement au film noir. L’intitulé original « Até Ver La Luz » – qui signifie littéralement « jusqu’à la lumière » – souligne davantage, la dimension subtilement fantastique et mystique du récit (ensorcellement, superstitions et prières). Toujours est-il que le film – une appréciable découverte – fait converger ces deux univers dans le quotidien de « Sombra » (l’ombre), un dealer qui retourne dans son quartier, une favela portugaise, après un séjour en prison. La fiction – immergée dans les ruelles, les fêtes et les musiques du Cap Vert – allie qualité documentaire et film d’atmosphère (plus que de genre) malgré une narration ponctuée de scènes attendues. « Après la nuit » est moins un hybride fiction-documentaire, fatalement composite, qu’un fondu, où le scénario sert d’argument prétexte à la déambulation, afin de saisir les communautés entremêlées du quartier (créole notamment) et quelques individus singuliers.…………………………………………………………………………………………………….. continuer la lecture>