un agité notoire

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Alors comme ça, on s’agite ?
Nicolas Paugam sort son premier album solo « officiel », « Mon Agitation », un grand et ludique hommage à la musique qu’il goûte. Une musique qui vient de loin, du Brésil (de Milton Nascimento et autres bons génies), mais aussi d’assez près, de quelques vaillants « chansonniers » français, à avoir porté la mélodie et le verbe bien haut (Vassiliu, Annegarn…). De musiciens et d’interprètes donc, qui n’ont jamais perdu leurs attaches avec les musiques dites « populaires ».
Chemin faisant, chemise au vent, un univers et une écriture s’imposent. Pas des moindres. Un bel et joyeux album…

pêcher des langoustines ?

de Da Capo aux fantaisies tropicales de Nicolas Paugam

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Les amateurs de rock 90’s indé (RIP) se souviennent avec émoi du label nantais « Lithium », devenu en l’espace d’une décennie le catalyseur d’une sorte d’underground français bourgeonnant, et de quelques talents solitaires, groupes ou individus, à la croisée du rock et de la chanson en français. Pas vraiment de dénominateur commun chez les signatures du label (Diabologum, Mendelson, Dominique A, Jérôme Minière, Bertrand Betsch, Holden… jusqu’à l’américain Dogbowl, exilé discographique notoire), si ce n’est quelques ressemblances superficielles, et cette polarité un peu aveugle autour de la chanson. Les arrangements dépouillés, un artisanat quelquefois intimiste, lo-fi, et ce chanté-parlé assez récurrent, valurent rapidement aux artistes labellisés l’étiquette assez hasardeuse de chanson « minimale ».

poursuivre le tour ?

beau miroir                                                   ( je rêve avec HSs trois )

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« La femme est l’avenir de l’homme » (2004)

Miroir, ma douce glace. Un titre comme un aphorisme, plus sibyllin et énigmatique qu’il n’en a l’air. On n’est pas certain qu’il faille y chercher davantage qu’une formule figurée, et en aucun cas un manifeste ou un hommage pro-féminin (ni l’inverse d’ailleurs). Dans « Turning Gate », il y avait une scène de lecture des lignes de la main par une voyante au dénouement très ironique (et presque moral pour le coup : le personnage masculin était puni et abandonné à son tour après cet épisode). Ici, cet avenir se figure dans le fait simple que les hommes se lisent, et se saisissent, à travers les rapports qu’ils entretiennent avec les femmes, mais cette relation, comme dans tous jeux de miroir peut aussi bien se renverser. Le personnage féminin, Sungwa, est « lu » et vu sous des apparences différentes selon les rapports, amoureux ou forcés, qu’elle a avec les hommes : son ex-camarade qui la viole au retour du service militaire, son petit ami qui la « purifie » en lui faisant l’amour de suite après, etc.

d’une femme à une autre ?

vie de cochon                                          ( je rêve avec HSs deux )

« Le jour où le cochon est tombé dans le puits » (1996) film #1

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Tout est noir dans le cochon. Triste sexe et dents qui grincent. « Je t’aime moi non plus », c’est la rengaine qui court de film en film, en plus de « je m’aime moi non plus », dans le cinéma de Hong Sang-soo. Dans le ou les triangles amoureux, il y en a toujours un/une, conformément à l’archétype, qui en aime un ou une autre, qui en aime à son tour une ou un autre, qui en aime, etc. Le fil de la pelote est toujours fuyant mais quand il vous revient à la figure, la déconvenue est cinglante : une volée d’humiliations. Le premier film déjà très impressionnant du réalisateur traduit cette course folle qui conduit au désespoir : meurtre passionnel ou suicide esquissé en fin de non-perspective. « Le jour où le cochon est tombé dans le puits » est noir comme son fond. Il s’accroche presque au film de genre, un film noir existentiel, ou une tragédie. Tous un peu comme des cochons au bord du trou, autodestructeurs à force d’illusion et d’égoïsme. Heureusement, la filmographie de Hong Sang-soo saura prendre à l’avenir des détours plus comiques, mais ce premier geste de cinéma accuse une maîtrise impressionnante de la narration chorale, filée en échiquier : « une perle pour les cochons » comme le dirait en zézayant notre ami Tom Rapp.

un charme discret                                           ( je rêve avec HSs un )

« Haewon et les hommes » (2012)

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Le Charme discret de la rêverie. Songeries d’une jeune femme qui se mire dans les paroles des autres. Haewon est Haewon, et Haewon ? est Haewon, et Haewon ? est Haewon… De quoi démentir le naturalisme et la platitude extérieure de la mise en scène. Chez Hong Sang-soo, tout est affaire d’arabesques et d’échos sous l’apparence, trop tranquille pour être vraie, d’une ligne claire. Un amateurisme et une nonchalance en (de)trompe l’œil.

30 minutes qui filent avec…

Une deux

Retour sur la sortie du 4ieme album de Perio « 30 minutes with Perio », successeur accompli de « The Great Divide » (2007). Un concentré de pop habité qui prend le temps de déployer un imaginaire musical richement ouvragé. Classique presque instantané.

Il y a des albums qui arrivent comme ça, sans crier gare. D’emblée, ils s’imposent par la qualité de leurs écritures. Les rares opus de Perio sont de cette écorce-là : une assise de guitare acoustique ; une rythmique qui peut s’embraser à tout instant (le véloce « Crust and Dirt », avec ses glissades d’accords et sa basse soutenue) ; et une manière de filer les voix, par dessus les intervalles musicaux et entre les brisures des rythmes. Ce dernier album, concis mais nourrissant, est comme une suite de huit petits récits, quasi cinématographiques. Un véritable concentré mélodique dans une épopée miniature. Des récits qui passent autant par les inflexions des lignes de chant, que par les perspectives délayées des horizons musicaux.

écouter plus large ?

  pas chamelle… la guerre des étoiles de Wilco

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Pour les fans de longue date, chaque nouvel album de Wilco est désormais attendu avec un peu d’anxiété. De « Being There » à « Sky Blue Sky », le groupe s’est maintenu dans un état de recherche et de renouvellement constant, prenant le risque de remettre à plat son bagage pour chaque album, expérimentant les combinaisons, le travail en studio, tout en maintenant un certain classicisme de songwriting, très mélodique, qui le rattachait à une longue chaîne musicale, mi traditionnelle mi moderniste, et très versatile, d’auteurs-compositeurs américains. C’est autant les folk et country-songs qui se bousculent dans l’imaginaire mélodique de Jeff Tweedy et Cie, que la Soul Music doucement rutilante, les gimmicks Rock’n Roll et les gros ronflements de basse à la Lennon en solo, mais aussi la pop scintillante des Beach Boys ou le story telling caustique d’un Randy Newman… A vrai dire, peu de groupes savent convoquer autant d’influences simultanément avec une telle cohérence, sans donner l’impression de faire du pastiche à tout va. S’ajoute à ce riche creuset musical le goût pour une production très minutieuse et un ancrage plus contemporain, comme une grande passerelle qui irait du Crazy Horse et du Space-rock jusqu’à l’électronique, l’ambiant et le free-rock bruitiste.

miauler encore ?