Kiyoshi Kurosawa – « Vers l’autre rive »

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Kurosawa nous revient avec un très beau film, poétique et intimiste, qui renoue avec les meilleurs épisodes de « Shokuzai » et son chef-d’œuvre de 2008, « Tokyo Sonata ».

On était sorti très médusé de « Real », le précédent film du réalisateur japonais, qui faisait se croiser une romance post-adolescente morbide avec un appareillage fantastique de Science-fiction un rien rétro. La neuro-machine permettait au héros (ou bien à l’héroïne) de se projeter dans les arcanes psychiques de l’être aimé, maintenu dans un état de coma après qu’il eût commis son suicide, et ce dans l’espoir de ramener ce dernier à la vie consciente. « Real » oscillait entre le très beau projet, une opportunité pour Kurosawa de saluer ses influences (Richard Fleischer, mais aussi probablement Resnais et Marker), et les concessions un peu trop appuyées du film de commande (la romance adolescente gothique, la stylisation manga, et même un vilain monstre tapageur en images de synthèse). et « Vers l’autre rive », alors !

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Jean-Daniel Pollet – « La ligne de mire » (1958)

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On pouvait difficilement espérer découvrir un jour le premier long-métrage de Jean-Daniel Pollet ; un film « historique » qui a compté parmi les premiers (longs) de la Nouvelle Vague (il est daté de 1958-1960), et que l’on croyait définitivement perdu jusque-là. Sa redécouverte dans une version intégrale aux Archives Françaises du Film (au Bois d’Arcy) tient du petit miracle : un sursaut impromptu comme si le film, très malicieux, lançait un pied de nez posthume à son auteur pour se « venger » de sa relégation. Il faut rappeler que le film est resté quasiment inédit (pas de visa d’exploitation, pas de distributeur, et une poignée projections privées). Il a été vu par si peu de monde (par Pierre-André Boutang, ami proche du réalisateur ; par Jean Douchet ; enfin par Louis Seguin de Positif, auteur de l’unique critique du film, très acerbe) qu’on avait fini par se demander rétrospectivement, s’il ne relevait pas de l’affabulation collective. mirer plus long ?

Miguel Gomes – les 1001 nuits, L’Inquiet (Volume 1)

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C’était il y a quelques années, un coup pour « voir », comme ça. On se risquait à la projection d’un film, sur la foi de son titre ou de quelques photographies entraperçues, on ne sait plus au juste. Le film en question s’appelait « Ce cher mois d’août », et ce que l’on y trouvait était à la hauteur de ce que le titre annonçait : la promesse d’un rafraîchissement, les pieds dans l’eau, et de pérégrinations estivales sans but avoué, des petites circonvolutions hasardeuses. On ne sait plus ce que le film racontait, mais on se souvient très bien de comment il le faisait, entre deux eaux ou tons ; documentaire, fiction, fable documentaire peut-être, dans la douceur de quelques entrechats. un entrechat de plus ?

Miguel Gomes – les 1001 nuits, Le Désolé (Volume 2)

C’était il y a un mois, déjà. Le volume inaugural, et première salve des douces excentricités des « Mille et une nuits », sortait. C’était « L’inquiet » ; inquiet comme le réalisateur Miguel Gomes qui se lançait dans un projet de film impossible – une adaptation des Mille et une nuits en pleine période d’austérité européenne –, et inquiets comme ses alter-égos de fiction – comme Shéhérazade, qui narrait au Roi des nuits durant les histoires d’un pays en crise (le Portugal) en les parsemant de merveilleux, et comme Luis, le syndicaliste des chantiers navals, qui partageait l’accablement mélancolique de la belle conteuse. mais encore ?

Miguel Gomes – les 1001 nuits, L’Enchanté (Volume 3)

Ceux qui attendraient de ce troisième volet des Mille et une nuits, une conclusion en forme de pyrotechnie merveilleuse, en seront un peu pour leurs frais. « L’Enchanté » est encore plus ouvert, imprévisible, et prosaïque, que ses prédécesseurs. Mais à bien y regarder, son enchantement, déplacé de l’imaginaire vers la réalité documentaire, est sûrement le plus beau finale qui soit. Amer, ivre, et gracieux, comme peut l’être le chant des pinsons dans les bidonvilles portugais…

poursuivre l’enchantement ?