Tyger ! Tyger !

Sorce(88)

Nous y voilà ! Nous avons éclairci le mystère en retrouvant une retranscription, mot à mot, des paroles de William Friedkin. Notre piste n’était pas complètement erronée : il ne s’agissait pas d’un nouveau film, mais du « chef-d’œuvre » retrouvé du réalisateur (ne pas oublier les guillemets pour tempérer l’abus promotionnel de cette formule), son « Sorcerer », de 1977, que l’on retrouve avec toutes dents dehors, et sa voracité intacte, restauré en 4KKKK. L’entretien a été mené pour le site Culturopoing. Pour qui voudrait avoir et l’image et la parole, dans un complexe d’intonations audiovisuelles, je vous renvoie à la vidéo en ligne.

patauger dans la jungle avec William Friedkin ?

fièvre tropicale

Une

Difficilement visible au cinéma, ou bien présenté dans des éditions vidéo recadrées, « Sorcerer » avait acquis une réputation de film « maudit », autant pour son échec commercial que pour son expérience extrême de tournage. Le film, relecture très personnelle du « Salaire de la Peur » (le roman de Georges Arnaud et surtout le film d’Henri-Georges Clouzot) revient sur les écrans en version restaurée. 

un aller simple en Amérique du Sud ?

« Change pas de main » (1975)

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Myriam Mézières dans « Change pas de main » (1975) © Paul Vecchiali – Shellac 2015

« Change pas de main » (1975) peut être lu comme le deuxième volet d’un diptyque féminin, dont « Femmes Femmes » serait le premier moment (les deux films étant par ailleurs co-scénarisés avec Noël Simsolo). C’est assurément la rareté de cette première sélection rétrospective, car le film, avec son contenu ponctuellement pornographique, n’avait pas fait l’objet d’une édition DVD individuelle, contrairement aux autres titres. Il partage avec le précédent, outre sa dominante de femmes à l’écran, le goût ludique du détournement, du simili pastiche, et d’une sur-théâtralisation du réel, investi par la fantaisie sexuelle et morbide de son héroïne. Le personnage joué par Myriam Mézières est un privé, figure de dure à cuire, mais aussi une incarnation mélancolique au sexe un peu las. Elle évolue entre le monde de sa commanditaire, une femme de pouvoir calculatrice, Hélène Surgère (l’Algérie et les ex-barbouzes de l’OAS trament dans le fond), et un cabaret interlope, devanture d’une industrie pornographique dérangée et crapuleuse, spécialisée dans le chantage.

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« Corps à Coeur » (1979)

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Nicolas Silberg et Hélène Surgère dans « Corps à Coeur » (1979) © Paul Vecchiali – Shellac 2015

« Corps à Cœur » (1979) est peut-être le film de Paul Vecchiali à découvrir en priorité dans la rétrospective des films des années 70, car tout en ayant une grande consistance formelle, il est d’un abord à priori (ce sentiment peut-être discuté) plus accessible que « L’étrangleur » : il ne requiert pas comme lui un état de laisser-aller, et de rêverie un peu déliquescente, secrètement érotisée. Pendant diurne et parfois solaire du premier, « Corps à cœur » s’inscrit dans la lignée des mélodrames passionnels. Pierrot, un mécanicien d’une trentaine d’années, tombe éperdument amoureux d’une femme plus âgée que lui, une pharmacienne (Hélène Surgère), qui se fait partiellement entretenir par un riche amant. Malgré leurs différences sociales et culturelles, sans parler de leur écart de maturité affective, Pierrot va entamer la conquête de cette femme qui ne lui est pas destinée – quasiment un mythe à ses yeux –, et cela d’autant plus qu’elle lui résiste ostensiblement. Ce véritable siège amoureux sera narré avec, en contrepoint, la description de l’environnement dans lequel vit Pierrot, un microcosme populaire sur le déclin qui se replie sur lui-même, au fin fond d’une ruelle archaïque. On retrouve dans le récit une forme duplicité, mais celle-ci illustre désormais la nature ambigüe du désir amoureux, de la magnificence de son accomplissement, sentimental et sexuel, jusqu’à ses inflexions les plus perverses et morbides : la consomption accélérée, le décalage des êtres, la manipulation égoïste…

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« L’Étrangleur » (1972)

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Jacques Perrin et Jacqueline Danno dans « L’étrangleur » de Paul Vecchiali (Shellac films)

En attendant la ressortie en DVD des « Ruses du Diable » (le deuxième film de Paul Vecchiali, le premier étant perdu), il faut bien avouer que « L’étrangleur » (1972) apparaît comme le premier chef d’œuvre du cinéaste : une formulation très aboutie de ses obsessions (un « univers » : la rue, la nuit, les faubourgs populaires, un onirisme latent…) dans une forme cinématographique très élaborée (une sorte de jeu de piste à plusieurs protagonistes, associé au paysage mental de l’étrangleur, joué par Jacques Perrin). Le montage procède par entremêlements, faisant sentir à défaut de convergences, une unité de destinée mystérieuse entre le meurtrier Émile, un jeune homme aux traits angéliques (Jacques Perrin) ; Simon, (Julien Guiomar) le policier travesti en journaliste ; Anna, la jeune femme (Eva Simonet) et appât aux motivations ambigües ; et le « chacal » (Paul Barge), un voyou qui détrousse les victimes encore « fraîches » de l’étrangleur…

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« Femmes Femmes » (1974)

Un aperçu sur la rétrospective Paul Vecchiali avec la ressortie en salles par Shellac, de 4 films des années 70 en copies numériques restaurées…

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Hélène Surgère et Sonia Saviange dans « Femmes Femmes » © Shellac

Dans ce premier volet rétrospectif, « Femmes Femmes » (1974) est l’œuvre la plus connue, reposant sur les facéties et l’immense complicité de son duo d’actrices, également comédiennes dans le film : Hélène Surgère et Sonia Saviange. L’idée géniale, tient à priori du sacrilège : que deviennent les actrices, une fois déchues, et que leur première jeunesse est fanée ? Surmontent-elles leur dépendance au luxe, au narcissisme, à la comédie ? Comment s’accommodent-elles de cet enterrement anticipé : mises au placard et à l’oubli ? continuer la lecture>

jeu d’ombres

comrades_photo02 copieIl y a juste un an, on redécouvrait la somptueuse trilogie autobiographique du réalisateur écossais Bill Douglas (My Childhood / My Ain Folk / My Way Home (1972-1978)). Aujourd’hui, c’est au tour de son quatrième film « Comrades » (1987), premier long-métrage en couleur inédit en France. Cette vaste fresque relate sur un peu plus de 3 heures, le soulèvement d’une poignée de paysans dans le Dorset des années 1830, contre une baisse incessante de leur salaire qui les conduit à la famine. Ces camarades de la première heure vont fonder dans la clandestinité l’une des premières associations de travailleurs, un proto syndicat agricole. Leur mouvement, pacifique, se soldera par une lourde condamnation ; le pouvoir aristocratique ne pouvant tolérer un tel précédent.                                                                                                                                               continuer la lecture>

hymne solaire

Soleil_brille_3Avec « Le Soleil brille pour tout le monde », de 1953, John Ford dresse le portrait d’une petite ville du Kentucky, saisie dans les derniers jours d’une campagne électorale. Le juge Priest, un vieil vétéran sudiste, cherche à se faire réélire mais se met en situation délicate en prenant position dans une série de conflits. « Le Soleil brille… » est une célébration amusée du vieil sud déclinant et des petites communautés humaines « d’antan », administrées avec souplesse, de proche en proche. Ford y plaide la tolérance, dénonçant tour à tour le racisme du sud rural et l’hypocrisie de la bourgeoisie provinciale. Le cynisme politicien n’est pas en reste, surtout dans le clan Yankee, avec un candidat caricaturalement opportuniste. « Le Soleil brille… » est une sorte de fresque nonchalante sous-tendue par le suspense électoral, qui se grossit d’une multitude de personnages et d’histoires entremêlées. Au fil de la dramaturgie, savante mais discrète, l’humour cède le pas à des émotions imprévisibles, plus graves et touchantes. Malgré le progressisme de Ford (finalement très avance sur son temps), on a pu critiquer le réalisateur pour son amour un peu réactionnaire du vieux sud, un paternalisme blanc qu’il montrait sous un jour flatteur ou les stéréotypes raciaux qu’il perpétuait. Néanmoins, ces points de polémique, assez secondaires, n’enlèvent rien à ce « Ford » très accompli, d’une narration riche et complexe. continuer la lecture>