Tyger ! Tyger !

Sorce(88)

Nous y voilà ! Nous avons éclairci le mystère en retrouvant une retranscription, mot à mot, des paroles de William Friedkin. Notre piste n’était pas complètement erronée : il ne s’agissait pas d’un nouveau film, mais du « chef-d’œuvre » retrouvé du réalisateur (ne pas oublier les guillemets pour tempérer l’abus promotionnel de cette formule), son « Sorcerer », de 1977, que l’on retrouve avec toutes dents dehors, et sa voracité intacte, restauré en 4KKKK. L’entretien a été mené pour le site Culturopoing. Pour qui voudrait avoir et l’image et la parole, dans un complexe d’intonations audiovisuelles, je vous renvoie à la vidéo en ligne.

patauger dans la jungle avec William Friedkin ?

fièvre tropicale

Une

Difficilement visible au cinéma, ou bien présenté dans des éditions vidéo recadrées, « Sorcerer » avait acquis une réputation de film « maudit », autant pour son échec commercial que pour son expérience extrême de tournage. Le film, relecture très personnelle du « Salaire de la Peur » (le roman de Georges Arnaud et surtout le film d’Henri-Georges Clouzot) revient sur les écrans en version restaurée. 

un aller simple en Amérique du Sud ?

un sage homme…

à propos du Blu-Ray « National Gallery » de Frederick Wiseman

Avec « National Gallery », son dernier documentaire en date, réalisé dans la célèbre institution londonienne, Frederick Wiseman réalise un film très élégant, limpide et coulé, d’une grande maturité formelle. C’est manifestement le film d’un amoureux, autant de peinture que de musée, qui rend un hommage sans emphase à l’activité humaine des lieux, scientifique et technique. Mais contrairement à nos attentes s’agissant du documentariste américain, bien connu pour son approche des grandes institutions sociales, Wiseman se détache assez rapidement du fonctionnement du lieu, qu’il s’agisse des réunions de direction ou de la gestion des publics. Ce que le cinéaste explore dans ce film avant tout, c’est la peinture, et comment celle-ci, bien des siècles après, continue à nous regarder autant qu’on la regarde, à nous faire parler sur elle, et à animer par sa présence les espaces d’exposition. En ce sens, « National Gallery » est autant un film de cinéma sur l’art, et sur la relation esthétique à la peinture : l’expérience contemplative, le questionnement, la fascination, voire sur la relation des arts entre eux (la peinture, la poésie, la danse et le cinéma), qu’un documentaire sur l’entreprise patrimoniale et pédagogique du musée qui est incarnée, comme toujours chez Wiseman, par une représentation très large du personnel.

Lieu
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born to booze

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Stockton USA, Californie. Les destinées croisées de Billy Tully (Stacy Keach), un boxer sur le retour, abîmé par son divorce, prématurément vieilli par l’alcool, et d’Ernie Munger (Jeff Bridges à ses débuts), un jeune novice qui fait ses premiers pas sur le ring… « Fat City », c’est la ville fantasmée à l’embonpoint miraculeux, un rêve de richesse pour échapper à la sinistrose et à l’oisiveté ; c’est donc l’antithèse de Stockton, ville de la précarité, où les salariés sont les vrais marginaux. Les premières images du film photographié par Conrad Hall, donnent la couleur locale : radieuse et crépusculaire à la fois ; le soleil écrase la nuque et la misère s’étale le long des trottoirs… Seule alternative : la boxe comme planche de salut, très hypothétique ; ou les bars, derniers vestiges de sociabilité pour les éclopés du rêve américain ; des lieux de non retour. Mais ne pas s’y fier : « Fat City » qui est une sorte de récit initiatique contrarié, n’est pas un drame complaisant ; c’est une comédie douce-amère, même détonante, burlesque par endroits, malgré son réalisme cru. continuer la lecture>

brumes actuelles

01_It Follows copie

Difficile de rendre compte d’un film vu des mois auparavant, d’autant plus que sa mise en scène était plutôt atmosphérique, et ses qualités assez insaisissables. « It Follows » de David Robert Mitchell, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, en reprise à la Cinémathèque Française, appartient à ces rares tentatives de renouer avec un genre fantastique un peu moribond. C’est d’autant plus notable que la tendance actuelle est davantage aux « reboots », « revivals », relectures cyniques ou ironiques, qu’aux créations originales. Le Fantastique est un genre en déshérence ; les anciens maîtres ont été mis au ban de l’industrie (Carpenter, Argento…). D’autres, ont sensiblement délaissé le genre depuis la fin des années 90 (Cronenberg), ou basculé dans de grosses productions (Sam Raimi, Peter Jackson). A quelques exceptions près, l’inventivité semble s’être déplacée vers un cinéma d’horreur qui continue à innover, du moins à produire, en marge de petites franchises lucratives qui en prolongent les réussites.                                                                                                                                                                     continuer la lecture>

mythe et légende

Une banale scène de courses dans un supermarché local. Un adolescent pousse laborieusement un caddie le long des gondoles. Il piétine l’air accablé ; dans son sillage, sa mère choisit lentement les provisions. Quand il lève le nez, il aperçoit une fille blonde, face à lui, dans le fond du rayon. Elle se dandine de son côté. Dès qu’elle le voit, elle mime l’indifférence. Le regard de Rob est plein de friction et d’appréhension. Vient le moment où les deux chariots se croisent, en plein milieu du passage, avec le violent sentiment que l’espace se rétrécit, d’un coup. Impossible de se regarder sinon furtivement, à la volée, la vue embuée par la proximité. Elle, jubile intérieurement, tandis que lui, se retourne après coup, pour un dernier regard dérobé dans son dos. Elle le sait ; elle sourit en douce, satisfaite. Désormais, Rob n’aura de cesse de courir après cette image, « la fille du magasin », pour retrouver le trouble de ce court instant partagé.

 C’est le fameux émoi du supermarché, un classique instantané.