temps obscurcis

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L’écran se divise, s’éparpille en une myriade comme une porte couverte d’œilletons que l’on soulèverait l’un après l’autre, et chaque cache libère une fenêtre, une scénette fragmentée qui joue simultanément avec les autres. les noirs intermédiaires sont parfois aussi présents que les jours: de gros pans de marges noires, ou des filets, des bandes, qui déroutent et intriguent. La composition des » carreaux » est asymétrique et les images qui transparaissent, elles-mêmes, quelque fois très réduites ou cadrées, peinent à être lues. Une sorte de chaos visuel, comme si, malgré l’unité de temps, malgré l’unité de lieu (les alentours de Boston), quelque chose d’incohérent travaillait à l’intérieur de cet éclatement, et minait le travail de recomposition opéré par le spectateur.    continuer la lecture>

temps enroulés

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Disons-le tout de suite, le genre du biopic ne nous a jamais enthousiasmé outre mesure, et l’on craignait qu’en se conformant à l’exercice, le cinéma de Bertrand Bonello se mue en académisme.
Mais qu’on se rassure, avec ses accents viscontiens déclarés, « Saint Laurent » répond autant au biopic – par un certain sens du déroulé chronologique, de la reconstitution – qu’il se l’approprie, et le resserre, pour en faire un portrait fluctuant et assez intériorisé du grand couturier. Le film ne couvre qu’une partie de la vie de St Laurent, la plus intense, de 1967 à 1976 principalement, mais sa structure, émaillée de chevauchements, n’en est pas moins complexe. Des sauts dans le temps (autant que des sautes affectives) tendent le récit, et le rende subjectif, entre signes annonciateurs et remémorations rétrospectives. « Saint Laurent » est une réussite personnelle dans la mesure où Bonello a préféré tailler dans la biographie pour tirer à soi des thèmes, plus sombres et romanesques, qui résonnent avec ses créations antérieures. Il y a dans ce St Laurent (re)modelé, un nouveau mythe, un Janus, les restes d’une Tirésia, d’une poupée dépressive, soit une nature double et contradictoire. La part accordée aux expérimentations visuelles et sonores reste également très large (musique en avant,
split-screen multiples…). Malgré cette générosité, le film laisse, peut-être à cause de son ambition, de ses excès, et de quelques inégalités passagères, des impressions assez partagées.

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temps éclaté

IMG_4616De grands panneaux de chêne tapissent l’appartement qui vient à peine d’être livré. Au fond, le Warhol, quatre portraits assemblés du couturier, trône en majesté. Louis Garrel reste interdit. Saint Laurent le devance nonchalamment, ignorant presque sa propre effigie par coquetterie ou bien modestie. Il pointe un pan du mur non recouvert. Il y aura là un Mondrian, « bientôt si tout va bien », du moins il l’espère…
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