Charles Belmont – rétrospective et filmographie

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Dans la petite constellation des réalisateurs français, redécouverts avec stupeur au gré d’un hommage, Charles Belmont (1936-2011) occupe une place particulière. Son œuvre, pourtant largement célébrée par la critique dans les années 70 (« Rak », « Histoires d’A », « Pour Clémence »…), serait restée invisible sans les efforts redoublés de ses proches – sa compagne et collaboratrice Marielle Issartel ; sa fille Salomé Blechmans, comédienne et auteur sur le dernier film – et de l’association créée en 2014, « Les amis de Charles Belmont », pour raviver cette filmographie, la montrer à nouveau au public. continuer la lecture>

petite porte

Nulle pesanteur biographique ou hagiographique ici. Avec « Anton Tchekhov 1890 », René Féret dresse un portrait domestique de l’écrivain russe, saisi au cœur des siens dans une ronde de sentiments et de gestes, presque ordinaires. Un mythe humanisé, modeste médecin de campagne de son état, qui découvre son génie.
Un film limpide, emmené par une savoureuse troupe d’acteurs.

Deux ans après « Le prochain film », le cinéaste René Féret revient à une veine historique, en adaptant un épisode de la vie d’Anton Tchekhov. C’est une sorte de nœud crucial dans l’existence de l’écrivain russe alors âgé de 29 ans, qui est arrêté par la date titre, 1890. Tchekhov, qui continue d’exercer sa profession de médecin, et vient juste d’accéder à la notoriété publique pour ses écrits (la consécration du prix Pouchkine ; l’édition massive de ses nouvelles ; et un projet de pièce de théâtre : « La Mouette »), se remet radicalement en cause suite au décès de son jeune frère tuberculeux Kolia. Il décide d’honorer la promesse faite à ce dernier de se rendre sur l’île de Sakhaline, située sur l’extrémité orientale du pays, pour témoigner des conditions d’emprisonnement indignes des forçats, et tout autant de l’extrême dénuement de ses habitants, avec à l’horizon le poison de la prostitution enfantine. Alors qu’il est tenté d’abandonner définitivement l’écriture, ce voyage est aussi pour Tchekhov l’occasion d’éprouver sa vocation : une remise en jeu de l’art, de sa futilité et de ses présomptions, contre le sérieux d’une œuvre sociale…

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      rencontre avec Paul Vecchiali…   |4|

HUMEURS ET RUMEURS

Le cinéma de Paul Vecchiali se caractérise par une franchise de ton, et par la radicalité de ses partis cinématographiques. Cela donne à nombre de ses films connus, de « L’Étrangleur » jusqu’à « En haut des Marches » (pour ne citer qu’eux), une force, autant émotionnelle que formelle, sans qu’aucun n’exhibe une marque de fabrique récurrente, facilement identifiable. On reconnaît « l’auteur » Vecchiali davantage, dans un esprit, des goûts, et le refus d’un quelconque système formel qui se répèterait de film en film et à l’intérieur des films-mêmes, d’une séquence sur l’autre. Antidogme et presque, anti auteur : « politiquement » incorrect. Contre la conscience artistique de soi ; le cinéma unique, signé, conformé, qui promeut une image personnelle davantage que des films singuliers…

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« Change pas de main » (1975)

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Myriam Mézières dans « Change pas de main » (1975) © Paul Vecchiali – Shellac 2015

« Change pas de main » (1975) peut être lu comme le deuxième volet d’un diptyque féminin, dont « Femmes Femmes » serait le premier moment (les deux films étant par ailleurs co-scénarisés avec Noël Simsolo). C’est assurément la rareté de cette première sélection rétrospective, car le film, avec son contenu ponctuellement pornographique, n’avait pas fait l’objet d’une édition DVD individuelle, contrairement aux autres titres. Il partage avec le précédent, outre sa dominante de femmes à l’écran, le goût ludique du détournement, du simili pastiche, et d’une sur-théâtralisation du réel, investi par la fantaisie sexuelle et morbide de son héroïne. Le personnage joué par Myriam Mézières est un privé, figure de dure à cuire, mais aussi une incarnation mélancolique au sexe un peu las. Elle évolue entre le monde de sa commanditaire, une femme de pouvoir calculatrice, Hélène Surgère (l’Algérie et les ex-barbouzes de l’OAS trament dans le fond), et un cabaret interlope, devanture d’une industrie pornographique dérangée et crapuleuse, spécialisée dans le chantage.

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      rencontre avec Paul Vecchiali…   |3|

Une

« L’antinaturalisme » des films, leurs écritures soutenues, autant textuelle que formelle, auront valu au cinéaste un reproche et un malentendu récurrents : sur l’artificialité ou la théâtralité de ses films. La qualité, parfois perçue comme un défaut, est à rapprocher de ce que Vecchiali appelle « la dialectique » (voir la première partie de l’entretien), c’est-à-dire « la chose et la critique de la chose » (pour reprendre Truffaut), un endroit où se joue pour le spectateur la possibilité de douter ou de croire, de passer par des états émotionnels contrastés, de s’amuser et de « travailler »… Cette hétérogénéité, fondamentale pour Vecchiali, est ce qui donne sa vie au film et à son contenu, pour l’expérience qu’en fait spectateur, davantage que l’imitation « néo-naturaliste » de la réalité, ou qu’une diction supposée authentique.

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« Corps à Coeur » (1979)

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Nicolas Silberg et Hélène Surgère dans « Corps à Coeur » (1979) © Paul Vecchiali – Shellac 2015

« Corps à Cœur » (1979) est peut-être le film de Paul Vecchiali à découvrir en priorité dans la rétrospective des films des années 70, car tout en ayant une grande consistance formelle, il est d’un abord à priori (ce sentiment peut-être discuté) plus accessible que « L’étrangleur » : il ne requiert pas comme lui un état de laisser-aller, et de rêverie un peu déliquescente, secrètement érotisée. Pendant diurne et parfois solaire du premier, « Corps à cœur » s’inscrit dans la lignée des mélodrames passionnels. Pierrot, un mécanicien d’une trentaine d’années, tombe éperdument amoureux d’une femme plus âgée que lui, une pharmacienne (Hélène Surgère), qui se fait partiellement entretenir par un riche amant. Malgré leurs différences sociales et culturelles, sans parler de leur écart de maturité affective, Pierrot va entamer la conquête de cette femme qui ne lui est pas destinée – quasiment un mythe à ses yeux –, et cela d’autant plus qu’elle lui résiste ostensiblement. Ce véritable siège amoureux sera narré avec, en contrepoint, la description de l’environnement dans lequel vit Pierrot, un microcosme populaire sur le déclin qui se replie sur lui-même, au fin fond d’une ruelle archaïque. On retrouve dans le récit une forme duplicité, mais celle-ci illustre désormais la nature ambigüe du désir amoureux, de la magnificence de son accomplissement, sentimental et sexuel, jusqu’à ses inflexions les plus perverses et morbides : la consomption accélérée, le décalage des êtres, la manipulation égoïste…

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      rencontre avec Paul Vecchiali…   |2|

Une

À partir de « À Vot’ bon cœur », Paul Vecchiali inaugure une série de films, sous la bannière « Antidogma », un anti mot d’ordre à entendre comme un acte de résistance créative : continuer à faire du cinéma coûte que coûte, et surtout, en toute liberté, en s’autofinançant. Les films sont souvent réalisés dans les environs de la résidence du cinéaste, dans le Var, avec une petite équipe de fidèles collaborateurs (le chef opérateur Philippe Bottiglione, Jean-François Chevalier ou Francis Bonfanti au son, Roland Vincent pour les musiques…), en numérique ; quand ils ne sont pas tournés directement chez lui, dans la « Villa Mayerling » – un nom de baptême enchanteur donné en hommage à Danielle Darrieux, la muse du cinéaste, et au film d’Anatole Litvak, l’un des premiers émois cinéphiles du réalisateur.

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