Peppermint_Frappé_affRessortie en version restaurée de « Peppermint Frappé » (1967), le premier volet d’une série de films réalisés par Carlos Saura avec l’actrice Géraldine Chaplin, sa compagne d’alors. Après « La Chasse » (1966), ressortie en octobre 2013, c’est l’un des films importants, de ce cinéaste espagnol très singulier et malheureusement un peu oublié aujourd’hui, qui croise l’observation de la bourgeoisie espagnole, encore empêtrée dans sa religiosité et ses frustrations, et un sens du merveilleux, « surréaliste » et pulsionnel, où peut se lire entre autres l’influence de Buñuel (le film lui est dédié).

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Hoquet Booze

william-eggleston

Fat city. Putain. Incompréhensible, littéralement inc-omp-réh-ens-ible ! J’ai essayé de tendre l’oreille, rien n’y fait. Damn, Damn. Cruels days, baby. Ça roucoule pétarade comme une grosse caisse au moteur enroué, à moins que ce soit ce foutu train d’enfer. Le morceau tournicote ; Vega se gargarise, hoquette ses whoup(s), et ça pourrait continuer comme ça, indéfiniment. Cool, Alex ! Une espèce de confiture, onctueuse et relâchée, pleine d’interjections ; un roulis rythmique désinvolte, pose jazzy, et sneakers barbouillées… par le bitume. C’est la bande son qu’on pourrait se repasser again and again... Stacy, Jeff and Susan ; Alex, Alan et Ben ; again and again Fat City.

« Fat City », Alan Vega, Alex Chilton et Ben Vaughn (album « Cubist Blues », 1996)

William Eggleston, « sans titre », n.d.

(issu du recueil « Los Alamos », 1965-68 and 1972-74, publié chez Scalo en 2003)

© Eggleston Artistic Trust

born to booze

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Stockton USA, Californie. Les destinées croisées de Billy Tully (Stacy Keach), un boxer sur le retour, abîmé par son divorce, prématurément vieilli par l’alcool, et d’Ernie Munger (Jeff Bridges à ses débuts), un jeune novice qui fait ses premiers pas sur le ring… « Fat City », c’est la ville fantasmée à l’embonpoint miraculeux, un rêve de richesse pour échapper à la sinistrose et à l’oisiveté ; c’est donc l’antithèse de Stockton, ville de la précarité, où les salariés sont les vrais marginaux. Les premières images du film photographié par Conrad Hall, donnent la couleur locale : radieuse et crépusculaire à la fois ; le soleil écrase la nuque et la misère s’étale le long des trottoirs… Seule alternative : la boxe comme planche de salut, très hypothétique ; ou les bars, derniers vestiges de sociabilité pour les éclopés du rêve américain ; des lieux de non retour. Mais ne pas s’y fier : « Fat City » qui est une sorte de récit initiatique contrarié, n’est pas un drame complaisant ; c’est une comédie douce-amère, même détonante, burlesque par endroits, malgré son réalisme cru. continuer la lecture>