peur du vide

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Le panoramique à 360° de « It Follows » de David Robert Mitchell renvoie irrésistiblement à celui de « Vampyr » de Dreyer, quelques 80 ans plus tard, dans une boucle fantastique. Ce regard impossible est aussi celui de « l’Exorciste », sauf que, dans les deux cas précités, le regard est dissocié du corps, dématérialisé, dépersonnalisé et ambigu. Est-ce la présence maligne du vampire qui cherche une issue, ou bien l’affolement d’un témoin extérieur, un équivalent du narrateur, de l’interlocuteur des romans ? Est-ce le regard anxieux du héros, qui chasse, ou est chassé, et interroge chaque recoin d’espace avant de reprendre sa course ?                                                                                                                                                                                continuer la lecture>

brumes actuelles

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Difficile de rendre compte d’un film vu des mois auparavant, d’autant plus que sa mise en scène était plutôt atmosphérique, et ses qualités assez insaisissables. « It Follows » de David Robert Mitchell, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, en reprise à la Cinémathèque Française, appartient à ces rares tentatives de renouer avec un genre fantastique un peu moribond. C’est d’autant plus notable que la tendance actuelle est davantage aux « reboots », « revivals », relectures cyniques ou ironiques, qu’aux créations originales. Le Fantastique est un genre en déshérence ; les anciens maîtres ont été mis au ban de l’industrie (Carpenter, Argento…). D’autres, ont sensiblement délaissé le genre depuis la fin des années 90 (Cronenberg), ou basculé dans de grosses productions (Sam Raimi, Peter Jackson). A quelques exceptions près, l’inventivité semble s’être déplacée vers un cinéma d’horreur qui continue à innover, du moins à produire, en marge de petites franchises lucratives qui en prolongent les réussites.                                                                                                                                                                     continuer la lecture>

mythe et légende

Une banale scène de courses dans un supermarché local. Un adolescent pousse laborieusement un caddie le long des gondoles. Il piétine l’air accablé ; dans son sillage, sa mère choisit lentement les provisions. Quand il lève le nez, il aperçoit une fille blonde, face à lui, dans le fond du rayon. Elle se dandine de son côté. Dès qu’elle le voit, elle mime l’indifférence. Le regard de Rob est plein de friction et d’appréhension. Vient le moment où les deux chariots se croisent, en plein milieu du passage, avec le violent sentiment que l’espace se rétrécit, d’un coup. Impossible de se regarder sinon furtivement, à la volée, la vue embuée par la proximité. Elle, jubile intérieurement, tandis que lui, se retourne après coup, pour un dernier regard dérobé dans son dos. Elle le sait ; elle sourit en douce, satisfaite. Désormais, Rob n’aura de cesse de courir après cette image, « la fille du magasin », pour retrouver le trouble de ce court instant partagé.

 C’est le fameux émoi du supermarché, un classique instantané.