adolescence fantomatique

Myth (2)

Metropolitan sort en DVD le premier film de David Robert Mitchell, resté inédit en France. « The Myth Of American Sleepover » (2010) ne serait qu’une énième et bénigne variation sur l’adolescence, sans l’approche singulière de son réalisateur. Pour illustrer ce rite (et mythe) du passage, Mitchell choisit de filmer une poignée d’adolescents le temps d’une nuit, précédant la rentrée scolaire. On sent dans ce jeu de chassés-croisés autant d’espoir amoureux que de mélancolie, et un charme subtil agit. Le désenchantement est déjà là, avec l’enfance qui s’éloigne, et les duplicités naissantes d’un monde pré-adulte. Au terme de cette longue errance somnambulique, chacun renaît, changé ou égal, comblé ou déçu, vidé d’une petite partie de lui-même. continuer la lecture>

hymne solaire

Soleil_brille_3Avec « Le Soleil brille pour tout le monde », de 1953, John Ford dresse le portrait d’une petite ville du Kentucky, saisie dans les derniers jours d’une campagne électorale. Le juge Priest, un vieil vétéran sudiste, cherche à se faire réélire mais se met en situation délicate en prenant position dans une série de conflits. « Le Soleil brille… » est une célébration amusée du vieil sud déclinant et des petites communautés humaines « d’antan », administrées avec souplesse, de proche en proche. Ford y plaide la tolérance, dénonçant tour à tour le racisme du sud rural et l’hypocrisie de la bourgeoisie provinciale. Le cynisme politicien n’est pas en reste, surtout dans le clan Yankee, avec un candidat caricaturalement opportuniste. « Le Soleil brille… » est une sorte de fresque nonchalante sous-tendue par le suspense électoral, qui se grossit d’une multitude de personnages et d’histoires entremêlées. Au fil de la dramaturgie, savante mais discrète, l’humour cède le pas à des émotions imprévisibles, plus graves et touchantes. Malgré le progressisme de Ford (finalement très avance sur son temps), on a pu critiquer le réalisateur pour son amour un peu réactionnaire du vieux sud, un paternalisme blanc qu’il montrait sous un jour flatteur ou les stéréotypes raciaux qu’il perpétuait. Néanmoins, ces points de polémique, assez secondaires, n’enlèvent rien à ce « Ford » très accompli, d’une narration riche et complexe. continuer la lecture>

Impénitence

saobernardo3

Les films du Paradoxe sortent « Sao Bernardo » (1971), un film brésilien inédit en France. Son réalisateur, Leon Hirszman, fût une figure importante du « Cinema Novo » en plein dans les années de dictature militaire. Décédé prématurément en 1987, il laisse derrière lui une œuvre courte mais influente, partagée entre documentaires et fictions. Son engagement y est manifeste – il y prend pour sujet les grèves ouvrières, l’analphabétisme, le travail agricole -, mais sans manichéisme ni didactisme. « Sao Bernardo », long métrage de fiction adapté du roman éponyme de Graciliano Ramos, ne déroge pas à la règle. Hirszman y traite du capitalisme agricole et de la servitude en conjuguant la tragédie et un dépouillement naturaliste. Un parvenu despotique, violent envers sa femme et ses employés, y tient le rôle principal. Plutôt que de le condamner, Hirszman lui cède la parole, pour que l’homme puisse montrer, au terme d’une longue et funèbre confession, comment il s’est construit puis anéantit au fil de ses ambitions. continuer la lecture>

issue de secours

BirdPeople_3_copyright_archipel35-1024x576 copieIdéalement, il conviendrait de ne rien lire d’un film, pour pouvoir le découvrir lors de sa sortie, en toute innocence. On se contentera donc de donner quelques indices pour préserver les surprises de « Bird People », ce quatrième long métrage de fiction très attendu de Pascale Ferran. Qui sont donc ces « oiseaux » qui transitent dans l’aéroport de Roissy, leurs mobiles en main, discutant dans le vide ? Des hommes d’affaires, des cadres surmenés, des voyageurs ordinaires ? Et autour d’eux : un traducteur, un réceptionniste, le petit personnel d’un hôtel ? Qu’est-ce qui s’échange encore entre eux, sinon des feuilles de route, des services, quelques paroles convenues ? continuer la lecture>