gros nez

PTIT_QUINQUIN_05 copie
P’tit Quinquin« , la mini série réalisée pour Arte, a fait évènement lors de sa présentation à Cannes, en mai dernier, à la Quinzaine des Réalisateurs. L’objet, d’emblée, a été célébré pour son caractère passablement hors norme et inédit, non que la réalisation d’une série tv par un cinéaste reconnu soit neuf, mais parce que l’on y attendait absolument pas Bruno Dumont dans cet emploi ; un réalisateur réputé d’une ambition et d’un rigorisme peu conciliables avec le petit écran. Plus incongru encore, Dumont s’y abandonnait au genre policier et – comme s’il voulait se défaire d’une image trop solennelle – à une satire locale de la région boulonnaise, pleine d’excentricités. Au vu du résultat, ce virage dans la farce remplit largement son office, apportant fraîcheur et zébrures à l’édifice du cinéaste, même si le procédé parodique suscite quelques réserves. D’un autre côté, le changement de cap est moins improbable qu’il ne paraît puisque nombre d’ingrédients familiers demeurent, un peu comme si « La Vie de Jésus » était revisitée par un œil espiègle, avec la fantaisie enfantine de son protagoniste principal ; un ptit Quinquin qui tiendrait de Tintin, de Quick et Flupke, et du mystérieux ange exterminateur qui sévit dans ce « film ».                                       continuer la lecture>

syndrome cathodique

CRONENBERG - 1983 - Vidéodrome,1Avouons-le, nous (enfin, moi, comme on dit) sommes de la vieille école. Non, non et non, on ne succombera pas à la série mania. Re nom de nom, on n’ira pas chanter à tort et à travers que le cinéma est à la ramasse, et qu’une bonne série télé, ça l’enfonce bien bas question de scénar et tutti ! Et on ne donnera pas dans cet espèce d’anti-snobisme, une pose comme une autre, sous couvert de glorieux antécédents comme Twin Peaks ; passant sous silence l’inconsistance de sa deuxième saison où Lynch, un peu las ou pas si fou, refaisait un peu de cinéma ailleurs, laissant la série partir à vau-l’eau dans une succession d’élucubrations scénaristiques sans queue ni tête. Certes depuis cet âge reculé – les années 90 – de belles séries américaines sont passées sous le pont (d’or) de la télévision, mais, rien à faire !                                                                              continuer la lecture>

lie de mer

HOLLAND - 2014 - Wine dark sea, bas

Vin sombre mer ! Mais qui n’aime pas encore Jolie Holland ? Certains l’ont cantonné un peu vite parmi les folkeuses texanes, sifflotant sous un porche de maison, la guitare en bandoulière, accompagnée par des gars du cru en salopettes. Pourtant, la Jolie est une musicienne, doublée d’une interprète, curieuse et cosmopolite, et bien installée dans son époque, loin des folklores ruraux. Elle sait aussi placer ça et là des riffs angulaires, des textures sonores insolites, une clarinette ou un son de sax distordu. Les étiquettes musicales, traditionnelle, indie, ou iconoclaste, réduisent forcément le spectre de sa musique, dans un sens comme dans l’autre. Et même si chez elle, les morceaux prennent fréquemment des allures de pastiches (sa voix comprise, parfois distante et brouillée comme sur un vieux 78T), les racines folk et country qui les inspirent sont investies de manière très organique, sans exclusivité ni orthodoxie. L’hommage, même rempli d’affection, n’est qu’un moyen de broder plus large, en cultivant une familiarité complexe, pleine d’ondulations et de mélanges indistincts. L’imaginaire mythologique de la chanteuse, son goût de la narration, et ses propres compositions, y puisent leur combustible, mais le résultat musical, tout en étant fortement référencé, reste éminemment personnel.                                                                                                              continuer la lecture>