salvaci, o signore…

5_embouteillage10_a, fin-apoNous te remercions seigneur d’accueillir cet homme en ton sein l’enlevant à ce triste monde.

Sauve-nous, ô seigneur !

Sauve-nous, du plastique,

Sauve-nous des déchets radioactifs,

Sauve-nous de la politique du pouvoir,

Sauve-nous des multinationales,

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bestie !

COMENCINI - 1979 - Le grand embouteillage, aff, recad, bQui connaît Luigi Comencini pour ses fresques délicates, « L’Incompris » ou « Casanova… », ou pour ses comédies, les deux volets de « Pain, Amour… », risque de tomber à la renverse en découvrant en DVD « Le Grand Embouteillage » ; un film monstre, d’une virulence et d’une noirceur insoupçonnables chez cet auteur. Pour beaucoup, Comencini garde en effet l’image d’un réalisateur assez tempéré, moins novateur que les figures du cinéma moderne italien apparues au lendemain du néo-réalisme dans les années 50 et 60. Malgré le ton déjà satirique de ses comédies (dont « A Cheval sur le Tigre » de 1961, avec Nino Manfredi), Luigi Comencini sera resté un peu l’ancien, une figure paternelle et distinguée de noble artisan, plutôt cantonné dans une production certes raffinée mais populaire. « Le Grand embouteillage », film radicalement contemporain, dément avec force ce préjugé : cette coproduction démesurée au casting international, trône insolemment parmi les œuvres les plus iconoclastes des années 70, rivalisant avec la férocité de Ferreri ou le nihilisme halluciné des films d’Elio Petri. Un entrepreneur véreux (Sordi), un acteur blasé (Mastroianni) et de multiples quidams en crise (Depardieu, Miou Miou, Fernando Rey, Angela Molina…) acculés par un grand embouteillage dans la périphérie de Rome, se livrent à toutes les lâchetés et les vices dans un dernier sursaut d’humanité grotesque. La peinture amorale tient du cataclysme terminal avec au cœur du film, une nuit d’immobilité interminable aux allures de pantomime expressionniste, criarde et dérangeante.    continuer la lecture>

aube et crépuscule

Une

Le réalisateur de « Remorques » est – on le sait moins – l’auteur d’une œuvre documentaire dont ne subsiste que peu de traces, à l’exception d’un long métrage sur Chartres en 1923, et du film présent, devenu invisible jusqu’à sa restauration par les Archives françaises du Film. Tourné en septembre 1944, puis en juillet-août 1945, le film, « Le 6 juin à l’aube » n’est pas une célébration des opérations réalisées par les forces alliées, mais davantage un effroyable constat sur le martyr d’une région massivement bombardée, la Normandie, qui aura payé le prix fort de la Libération. continuer la lecture>

temps arrêtés

1

Certains n’apprécient pas Luchino Visconti, du moins un ou plusieurs de ses films, selon que chacun préfère chez lui tel ton, telle forme, cette veine ou telle autre. Car sa filmographie est moins unie qu’elle ne paraît, oscillant du néo-réalisme au film noir dans la première période, jusqu’aux grandes fresques de son œuvre de maturité, très esthètes, doucement ou violemment décadentes, qui traitent de l’aristocratie et de la bourgeoisie avec leurs pointes très noires de romantisme. « Senso » et « Ludwig » furent pour moi les deux films les plus marquants, qui m’attachèrent durablement à Visconti, tandis que je passais sensiblement à côté de chefs-d’œuvre davantage célébrés, comme « Le Guépard » ou « Mort à Venise », et qu’inversement la sombre fresque des « Damnés » me partageait à force de complaisance. Il y a parfois, malgré la magnificence visuelle, un chic, une affectation aussi retenue que théâtrale, qui freinent un peu l’émotion. Un Visconti nous glisse sur la figure comme un voile de soie ; il ne nous affecte que superficiellement, un peu trop hiératique et distingué pour produire une émotion viscérale. Il y a comme un protocole esthétique qui mue le film et ses tourments en représentation distanciée. L’atteinte est indirecte, littéraire, picturale, théâtrale ; elle se garde d’être trop réelle et vulgaire. Les personnages, résolument romanesques, souffrent mais s’en délectent dans un mélange d’ivresse et d’anxiété. Ils se regardent ainsi, spectateurs et metteurs en scène de leurs propres destinées, et nous spectateurs, ne sommes que la mise en résonance de ce regard déjà réfléchi. Le film nous donne un plaisir distillé, un peu feutré et littéraire, qui tient à la stylisation, à la chorégraphie des gestes et des poses, ou à la prodigalité du décor. L’éloignement social et temporel rajoute à la distance du tableau. Tout se tient dans un hors-contemporain, aux limbes d’un entre-deux historique, plein d’émanations nostalgiques et de ce sfumato qui désintègre progressivement les figures, anachroniques et condamnées.    continuer la lecture>