Jean-Daniel Pollet – « La ligne de mire » (1958)

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On pouvait difficilement espérer découvrir un jour le premier long-métrage de Jean-Daniel Pollet ; un film « historique » qui a compté parmi les premiers (longs) de la Nouvelle Vague (il est daté de 1958-1960), et que l’on croyait définitivement perdu jusque-là. Sa redécouverte dans une version intégrale aux Archives Françaises du Film (au Bois d’Arcy) tient du petit miracle : un sursaut impromptu comme si le film, très malicieux, lançait un pied de nez posthume à son auteur pour se « venger » de sa relégation. Il faut rappeler que le film est resté quasiment inédit (pas de visa d’exploitation, pas de distributeur, et une poignée projections privées). Il a été vu par si peu de monde (par Pierre-André Boutang, ami proche du réalisateur ; par Jean Douchet ; enfin par Louis Seguin de Positif, auteur de l’unique critique du film, très acerbe) qu’on avait fini par se demander rétrospectivement, s’il ne relevait pas de l’affabulation collective. mirer plus long ?

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un sage homme…

à propos du Blu-Ray « National Gallery » de Frederick Wiseman

Avec « National Gallery », son dernier documentaire en date, réalisé dans la célèbre institution londonienne, Frederick Wiseman réalise un film très élégant, limpide et coulé, d’une grande maturité formelle. C’est manifestement le film d’un amoureux, autant de peinture que de musée, qui rend un hommage sans emphase à l’activité humaine des lieux, scientifique et technique. Mais contrairement à nos attentes s’agissant du documentariste américain, bien connu pour son approche des grandes institutions sociales, Wiseman se détache assez rapidement du fonctionnement du lieu, qu’il s’agisse des réunions de direction ou de la gestion des publics. Ce que le cinéaste explore dans ce film avant tout, c’est la peinture, et comment celle-ci, bien des siècles après, continue à nous regarder autant qu’on la regarde, à nous faire parler sur elle, et à animer par sa présence les espaces d’exposition. En ce sens, « National Gallery » est autant un film de cinéma sur l’art, et sur la relation esthétique à la peinture : l’expérience contemplative, le questionnement, la fascination, voire sur la relation des arts entre eux (la peinture, la poésie, la danse et le cinéma), qu’un documentaire sur l’entreprise patrimoniale et pédagogique du musée qui est incarnée, comme toujours chez Wiseman, par une représentation très large du personnel.

Lieu
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…et quelques fous aimables

à propos du coffret DVD « La Belgique Interdite » chez Bach Films

L’image publique du réalisateur de documentaire belge Richard Olivier (surtout ici, en France), se résume principalement à sa contribution à Strip-Tease, l’émission de télévision belgo-française, pour laquelle il a réalisé sept sujets de courts-métrages. Pourtant, comme le montre ce coffret de six dvd, l’activité du documentariste est bien plus large. A côté de ses propres films, réalisés avec sa maison de production « Olivier Films », et le plus souvent en association avec la R.T.B.F., il y a l’écriture de pièces de théâtre, d’articles, de nouvelles, plus les 39 heures du projet « Big Memory », un film fleuve qui regroupe 170 portraits de cinéastes belges.

Avec un titre pareil – « La Belgique interdite » – le coffret de Bach Films affiche vertement la couleur des documentaires d’Olivier : des sujets scabreux, dans la lignée de Strip-Tease et de Tout ça (ne nous rendra pas le Congo) (les deux émissions de Jean Libon et Marco Lamensch), mais qui sont toujours portés par la sincérité « à vif » du réalisateur, par son empathie et ses coups de sang. L’appétit des rencontres humaines et le souci de comprendre excluent, par principe, de porter un jugement sur les personnes ou les pratiques, quelles qu’elles soient, même si le regard se colore parfois d’une légère ironie.

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Khadija Leclere et Annick Ghijzellings dans « Elles m’ont dit »

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fantasmas

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João Pedro Rodrigues dans « Ce qui brûle guérit », 2012, réalisé par João Rui Guerra da Mata

Traverser la filmographie de João Pedro Rodrigues, et la découvrir d’un trait, comme ici, rassemblée dans un coffret dvd (l’intégrale du réalisateur sortie chez Epicentre Films), c’est un peu évoluer en funambule, sans savoir quelles surprises nous ménageront les prochains films, comme autant d’aventures et de revirements singuliers. continuer la lecture>

born to booze

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Stockton USA, Californie. Les destinées croisées de Billy Tully (Stacy Keach), un boxer sur le retour, abîmé par son divorce, prématurément vieilli par l’alcool, et d’Ernie Munger (Jeff Bridges à ses débuts), un jeune novice qui fait ses premiers pas sur le ring… « Fat City », c’est la ville fantasmée à l’embonpoint miraculeux, un rêve de richesse pour échapper à la sinistrose et à l’oisiveté ; c’est donc l’antithèse de Stockton, ville de la précarité, où les salariés sont les vrais marginaux. Les premières images du film photographié par Conrad Hall, donnent la couleur locale : radieuse et crépusculaire à la fois ; le soleil écrase la nuque et la misère s’étale le long des trottoirs… Seule alternative : la boxe comme planche de salut, très hypothétique ; ou les bars, derniers vestiges de sociabilité pour les éclopés du rêve américain ; des lieux de non retour. Mais ne pas s’y fier : « Fat City » qui est une sorte de récit initiatique contrarié, n’est pas un drame complaisant ; c’est une comédie douce-amère, même détonante, burlesque par endroits, malgré son réalisme cru. continuer la lecture>

bestie !

COMENCINI - 1979 - Le grand embouteillage, aff, recad, bQui connaît Luigi Comencini pour ses fresques délicates, « L’Incompris » ou « Casanova… », ou pour ses comédies, les deux volets de « Pain, Amour… », risque de tomber à la renverse en découvrant en DVD « Le Grand Embouteillage » ; un film monstre, d’une virulence et d’une noirceur insoupçonnables chez cet auteur. Pour beaucoup, Comencini garde en effet l’image d’un réalisateur assez tempéré, moins novateur que les figures du cinéma moderne italien apparues au lendemain du néo-réalisme dans les années 50 et 60. Malgré le ton déjà satirique de ses comédies (dont « A Cheval sur le Tigre » de 1961, avec Nino Manfredi), Luigi Comencini sera resté un peu l’ancien, une figure paternelle et distinguée de noble artisan, plutôt cantonné dans une production certes raffinée mais populaire. « Le Grand embouteillage », film radicalement contemporain, dément avec force ce préjugé : cette coproduction démesurée au casting international, trône insolemment parmi les œuvres les plus iconoclastes des années 70, rivalisant avec la férocité de Ferreri ou le nihilisme halluciné des films d’Elio Petri. Un entrepreneur véreux (Sordi), un acteur blasé (Mastroianni) et de multiples quidams en crise (Depardieu, Miou Miou, Fernando Rey, Angela Molina…) acculés par un grand embouteillage dans la périphérie de Rome, se livrent à toutes les lâchetés et les vices dans un dernier sursaut d’humanité grotesque. La peinture amorale tient du cataclysme terminal avec au cœur du film, une nuit d’immobilité interminable aux allures de pantomime expressionniste, criarde et dérangeante.    continuer la lecture>