freak scene

maps-to-the-stars-titre copieLe dernier David Cronenberg est apparu sans tapage médiatique. Tout juste a-t-on vu à quelques jours de la sortie des affiches en forme de teasing publicitaire, qui déclinaient chaque personnage comme les cartes d’un jeu de rôle : assistante pyromane, chauffeur prêt à tout, génie en désintox… En dessous des portraits, la fameuse enseigne d’Hollywood, campée en lettres géantes sur sa colline, composait un fond incendiaire. Le ton était donné : critique hollywoodienne, temporalité ambigüe, catalogue de cynisme et de perversité. Pourtant, l’image était un peu trompeuse car « Maps to the Stars » ne se réduit pas à sa violente satire. C’est une tragédie familiale dans laquelle se déploient le mythe hollywoodien et son envers monstrueux, mais aussi un objet narratif complexe à la croisée du conte et du surnaturel. Grâce à l’excellent scénario de Bruce Wagner, Cronenberg renoue avec le meilleur de lui-même : un fantastique innervé dans le réel, un sens de l’effroi presque clinique, une sourde contagion qui alimente le film pour se conclure en symptômes éruptifs. La férocité et l’humour sont bien là, mais distillés dans le drame, avec des pointes de merveilleux, d’incongruité et de crudité. Autant dire qu’on n’attendait pas tant de ce dernier film. Un grand cru. continuer la lecture>

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eaux vives

(3)

J’arrive en retard à la séance. Toujours ce laps des 10 minutes sans quoi l’on vous refuse l’entrée, et sur lequel j’empiète à chaque fois. La salle est remplie ; je dois déranger toute une rangée pour trouver une place. Cette fois encore, celles des bords sont occupées, malgré les fauteuils décentrés et le mouvement des allées, sans que je puisse m’expliquer pourquoi. On s’y loge dans un coin pour éviter le voisinage ? pour garder la possibilité de s’escamoter à tout moment ? Intriguant… Cette monomanie rejoint celles des rangs extrêmes : il y a le cadre des repliés solitaires, et quelques regroupements à l’avant-poste, ou dans les arrières bien serrées. continuer la lecture>

série bée

(3)

Un démon de foire avance cahin-caha sur un rail qui grince. Un homme effaré fait marche arrière avec sa voiture ; il finit empêtré dans les câbles d’un poteau électrique. Dans un avion qui vole vers l’Angleterre, Dana Andrews peste contre Peggy Cummins ; elle l’empêche de dormir en écrivant, la loupiote allumée. Étendu sur le siège incliné, lui ne cesse de se recouvrir le visage, avec un journal qui glisse aussitôt. Il n’aura pas l’idée de faire le noir avec sa veste. Cette scène de comédie donne au film son inévitable contrepoint romantique. La rencontre mal engagée se poursuit dans un jeu de séduction, toujours teinté d’humour et empêché par une suite de péripéties ininterrompues. Autant Andrews trimballe un faciès de dogue mal réveillé, qui en fait le stéréotype du film noir – un quidam fatigué ou arrogant avec une mâchoire à la Dick Tracy -, autant Peggy Cummins est gracieuse et enfantine, mais absolument consciencieuse. Ce couple de scientifiques, partagé entre scepticisme et conviction, se dépêche de démanteler une secte satanique, chapeautée par un vieil garçon rondouillard à la barbiche hérissée. Mais il est un peu tard, l’homme du générique a succombé, et un nouveau sort vient d’être jeté, via un ruban de parchemin dissimulé dans les affaires du professeur à peine débarqué. Un nuage de fumée, précédé par des fréquences lointaines, suggère une présence invisible, prête à donner la chasse. La nuit est d’encre ; le bois s’anime de lueurs irréelles et le parapsychologue court à perdre souffle. continuer la lecture>