adolescence fantomatique

Myth (2)

Metropolitan sort en DVD le premier film de David Robert Mitchell, resté inédit en France. « The Myth Of American Sleepover » (2010) ne serait qu’une énième et bénigne variation sur l’adolescence, sans l’approche singulière de son réalisateur. Pour illustrer ce rite (et mythe) du passage, Mitchell choisit de filmer une poignée d’adolescents le temps d’une nuit, précédant la rentrée scolaire. On sent dans ce jeu de chassés-croisés autant d’espoir amoureux que de mélancolie, et un charme subtil agit. Le désenchantement est déjà là, avec l’enfance qui s’éloigne, et les duplicités naissantes d’un monde pré-adulte. Au terme de cette longue errance somnambulique, chacun renaît, changé ou égal, comblé ou déçu, vidé d’une petite partie de lui-même. continuer la lecture>

ronde nocturne

Apres la nuiti

à propos de « Après la Nuit (Até Ver La Luz) » de Basil Da Cunha (sortie le 23 avril 2014)

Le titre français du premier long métrage du jeune réalisateur suisse/portugais, Basil Da Cunha, renvoie inévitablement au film noir. L’intitulé original « Até Ver La Luz » – qui signifie littéralement « jusqu’à la lumière » – souligne davantage, la dimension subtilement fantastique et mystique du récit (ensorcellement, superstitions et prières). Toujours est-il que le film – une appréciable découverte – fait converger ces deux univers dans le quotidien de « Sombra » (l’ombre), un dealer qui retourne dans son quartier, une favela portugaise, après un séjour en prison. La fiction – immergée dans les ruelles, les fêtes et les musiques du Cap Vert – allie qualité documentaire et film d’atmosphère (plus que de genre) malgré une narration ponctuée de scènes attendues. « Après la nuit » est moins un hybride fiction-documentaire, fatalement composite, qu’un fondu, où le scénario sert d’argument prétexte à la déambulation, afin de saisir les communautés entremêlées du quartier (créole notamment) et quelques individus singuliers.…………………………………………………………………………………………………….. continuer la lecture>

Infra-peur

kleber mendonça filho

à propos de « Les Bruits de Recife » de Kleber Mendonça Filho   (sortie le 26 février 2014)

Le premier long métrage de fiction du réalisateur brésilien Kleber Mendonça Filho est une excellente découverte. Difficile d’en préciser la saveur et la subtile étrangeté. En faisant la chronique de son propre quartier, le réalisateur dit avoir voulu faire « un Soap Opera filmé par John Carpenter ». Isolée, la formule peut sembler racoleuse, pourtant elle résume bien la surprise continuelle que le film réserve à ses spectateurs. Sous une jovialité de mœurs et de climat, le film raconte, tant par ses personnages que par le filmage des espaces, et avec un design sonore très détaillé, la paranoïa de la classe moyenne. C’est une « peur d’un danger qui ne se concrétisera pas », ou peut-être là où on ne l’attendrait pas. Le film tient autant du portrait social, urbain et historique d’un pan plutôt aisé de la société brésilienne, que des codes visuels ou sonores des films de genre. Ces derniers sont subtilement fondus dans les situations ordinaires, pour une sorte de « à la fois mais pas tout à fait », ajouté à  la tension d’un suspense qui n’arrête pas d’être déplacé. ….. continuer la lecture>

Parole, parole, parole…

Votre envoyé spécial, en direct de Culturopoing, quelque part sur la Costa Brava…

« Les Chansons Populaires », de Nicolás Pereda, en salles depuis le 31 juillet

temas« Los mejores temas » (le titre original du film), renvoie plus que sa traduction française, aux compilations de chansons bon marché vantées à renfort de superlatifs comme les réclames d’un autre âge, à l’oralité aussi proverbiale qu’artisanale. Gabino, le protagoniste du film, pas encore ou juste trentenaire, est un vendeur ambulant de CDs de contrefaçon, sur lesquels sont compilés des soixantaines de morceaux au format mp3. Pour haranguer le passant, il récite, à même son stand de fortune, l’ensemble des titres enchaînés dans un « flow » quasi hip hop.  « Perdí mi oportunidad ; Porque te vas ; Amor no me ignores ;  Déjame intentar… ». Lire la suite

seul et contre tous, « la bataille de solférino » de justine triet (2013)

C’est l’heure d’été avec les rediffusions de chroniques cinéma parues récemment dans les colonnes de Culturopoing

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La bataille de Solférino de Justine Triet (sortie en salles le 18 septembre 2013)

Populaire et médiatisé bien avant sa sortie en salles, on sent que La bataille de Solférino, tant par son tour de force documentaire (le film suit la journée du 6 mai 2012, deuxième tour des élections présidentielles) que par son ton humoristique, est déjà programmé pour un large succès public et critique. Tout du moins, on le lui souhaite. Pour autant, on a un peu craint en allant le voir, que le film ne s’enferme dans le « credo » de la comédie jeuniste et décalée, à l’humour doucement absurde. Néanmoins, par delà une forme de cabotinage et l’irrésistibilité, quasi-publicitaire, de sa grande intuition, La bataille de Solférino remplit tout à fait son office et désamorce toutes les réticences. Le film se surpasse même par la force d’une mise en scène, d’autant plus remarquable qu’elle se laisse oublier.
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« Ilo Ilo » d’Anthony Chen (2013)

C’est l’heure des rediffusions estivales avec quelques films à venir, chroniqués dans les colonnes de Culturopoing

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« Ilo Ilo » d’Anthony Chen (2013, caméra d’or au festival de Cannes 2013),  sortie en salles le 4 septembre 2013

Ilo Ilo prend place à Singapour à la fin des années 90, dans un contexte de grave crise financière. Pour faire face au comportement difficile de son petit garçon Jiale, un couple de quadragénaires engage Teresa, une jeune femme venue des Philippines. La chronique nous montre l’évolution de la relation entre Jiale et sa nourrice, de prime abord conflictuelle, avec en contrepoint les brimades quotidiennes que subit Teresa. Sans cesse rabaissée à son double statut d’immigrée et de domestique, elle ne trouvera son salut qu’entre les bras de son petit persécuteur. En parallèle, les parents traversent eux-mêmes leurs propres turbulences : le père vieillissant est en manque de confiance et d’autorité, la mère est irritée par une grossesse qui arrive à terme, et le spectre de l’endettement associé à celui du chômage les rend tout deux chaque jour un peu plus étranger l’un à l’autre. Dans ce contexte de désunion et de crise, la modeste Teresa, le temps de son bref passage, jouera un rôle crucial : elle contribuera à l’équilibre des relations et au maintien éphémère de l’unité familiale.
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