beau miroir                                                   ( je rêve avec HSs trois )

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« La femme est l’avenir de l’homme » (2004)

Miroir, ma douce glace. Un titre comme un aphorisme, plus sibyllin et énigmatique qu’il n’en a l’air. On n’est pas certain qu’il faille y chercher davantage qu’une formule figurée, et en aucun cas un manifeste ou un hommage pro-féminin (ni l’inverse d’ailleurs). Dans « Turning Gate », il y avait une scène de lecture des lignes de la main par une voyante au dénouement très ironique (et presque moral pour le coup : le personnage masculin était puni et abandonné à son tour après cet épisode). Ici, cet avenir se figure dans le fait simple que les hommes se lisent, et se saisissent, à travers les rapports qu’ils entretiennent avec les femmes, mais cette relation, comme dans tous jeux de miroir peut aussi bien se renverser. Le personnage féminin, Sungwa, est « lu » et vu sous des apparences différentes selon les rapports, amoureux ou forcés, qu’elle a avec les hommes : son ex-camarade qui la viole au retour du service militaire, son petit ami qui la « purifie » en lui faisant l’amour de suite après, etc.


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Les souvenirs et les impressions s’échangent sans fin dans un jeu de réversibilité symétrique, qui traduit la rivalité permanente, entre les deux amis retrouvés, le cinéaste encore célibataire, et le professeur marié, mais encore instable. Une double tentative de séduction de la jeune serveuse du restaurant (comique de répétition et d’étrangeté) ; la vision à tour de rôle de la femme qui attend son taxi dans le froid, évoque une nouvelle fois Sungwa, qui on le comprendra, a aimé les deux hommes ; enfin, les manœuvres sournoises et malhonnêtes du professeur, qui tente de séduire dans le dos du premier et œuvre à sa réconciliation avec Sungwa, tout en cherchant à la reprendre…

« La femme est l’avenir de l’homme » est un titre plus musical et imagé que signifiant : les regards s’échangent sans fin de l’un à l’autre ainsi que les jugements. Qui faute ? Qui abuse ? Qui aime ? Qui désire ? Tous et aucun. La musique se déroule, et se décline au gré des situations, sans véritable gravité (malgré le viol ou les coucheries « clandestines »). C’est une théâtralité complexe dans ses ambigüités narratives (les personnages démultipliés pourraient tous se confondre en deux principes, comme deux entités uniques, masculine et féminine, aux jeux et écarts de conduite échangeables). Le film est incroyablement léger, malgré les scènes de sexe, de beuverie, de confession et d’engueulade attendues, souvent glauques mais relevées par l’humour. Il est surtout très audacieux dans ses raccords, ses ellipses, et sa confusion des temporalités narratives (la linéarité de l’histoire est trouée de flashbacks insituables et simultanés, souvent fragmentaires). Comme « Turning Gate », c’est une sorte de synthèse très réussie, et très joueuse, du cinéma de Hong Sang-soo.

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