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Digital Fusion Image Library TIFF Fileà propos de « The Grand Budapest Hôtel » de Wes Anderson   (sortie le 26 février 2014)

On sait désormais que l’univers de Wes Anderson est bien établi, et que chaque nouveau film n’en est qu’une déclinaison, souvent brillante, mais familière, avec ses gimmicks, son timing burlesque, son art du délai et du contretemps. Pourtant, il est difficile de bouder « The Grand Budapest Hôtel », film gigogne en chef, qui tient de la grande et superbe attraction. Pas de réinvention donc, si ce n’est dans une démesure inédite, mais pas de lassitude non plus. « The Grand Budapest Hôtel » est bien la maniaquerie attendue, aussi stupéfiante que frivole, mais d’un plaisir infiniment soutenu. ….. continuer la lecture>

Infra-peur

kleber mendonça filho

à propos de « Les Bruits de Recife » de Kleber Mendonça Filho   (sortie le 26 février 2014)

Le premier long métrage de fiction du réalisateur brésilien Kleber Mendonça Filho est une excellente découverte. Difficile d’en préciser la saveur et la subtile étrangeté. En faisant la chronique de son propre quartier, le réalisateur dit avoir voulu faire « un Soap Opera filmé par John Carpenter ». Isolée, la formule peut sembler racoleuse, pourtant elle résume bien la surprise continuelle que le film réserve à ses spectateurs. Sous une jovialité de mœurs et de climat, le film raconte, tant par ses personnages que par le filmage des espaces, et avec un design sonore très détaillé, la paranoïa de la classe moyenne. C’est une « peur d’un danger qui ne se concrétisera pas », ou peut-être là où on ne l’attendrait pas. Le film tient autant du portrait social, urbain et historique d’un pan plutôt aisé de la société brésilienne, que des codes visuels ou sonores des films de genre. Ces derniers sont subtilement fondus dans les situations ordinaires, pour une sorte de « à la fois mais pas tout à fait », ajouté à  la tension d’un suspense qui n’arrête pas d’être déplacé. ….. continuer la lecture>

corde raide

at_berkeley (7)à propos de « At Berkeley » de Frederick Wiseman   (sortie le 26 février 2014)

Le dernier documentaire du réalisateur, d’une durée fleuve de 4h, s’attache à montrer un semestre de l’année universitaire 2010, sur le campus de Berkeley en Californie. Ce nouveau volet institutionnel célèbre très clairement les qualités de l’établissement, de son administration et de ses pédagogues, même si Wiseman ne se départ pas d’une neutralité d’observation. A sa manière, sans excès d’alarmisme ni de démonstration, le film participe d’un plaidoyer en faveur de l’université publique qui se voit de plus en plus menacée par le désengagement de l’état et la crise financière. Campus emblématique reconnu pour son excellence, Berkeley réitère chaque année sa politique de diversité et d’accessibilité malgré les restrictions budgétaires. Le film s’ouvre sur une nouvelle rentrée universitaire, avec les difficultés grandissantes qui affectent les étudiants et le personnel…. continuer la lecture>

viennoiserie

à propos de « Lettre d’une inconnue » (1948) de Max Ophuls

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Première réalisation américaine du réalisateur, « Lettre d’une inconnue » est une remarquable adaptation de Stefan Zweig avec, dans le rôle clé, l’actrice Joan Fontaine. Dans une Vienne début de siècle, une jeune fille grandit et aime secrètement un voisin pianiste, mondain et cynique. Délaissée après avoir été conquise, elle refusera pourtant de contraindre le musicien à endosser ses responsabilités… Film de maturité, formelle et thématique, « Lettre… » inaugure la splendide série de films qu’Ophuls réalisera sur la fin de sa carrière. « Madame De » et « Lola Montès » en seront les épisodes les plus marquants. Pourtant, malgré sa reconnaissance, l’œuvre d’Ophuls souffre d’un oubli relatif et prête toujours au malentendu. Car, contre toute apparence, cette œuvre n’a rien de candide ni de surannée, comme vient nous le rappeler cette reprise restaurée de « Lettre d’une inconnue ». C’est au contraire l’alchimie entre une cruauté mordante et une élégance formelle sans accrocs, qui font la saveur unique de cette orfèvrerie fine. continuer la lecture>

Petri expansé

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En écoutant la chronique efficace de Jean-Baptiste Thoret à propos de « La Propriété c’est plus le vol » de Elio Petri (diffusée mercredi dernier sur France Musique), je me suis dit que je serais bien incapable de répondre à l’exercice avec une telle concision, surtout pour un film pareil. De quoi est-il donc question? De la haine du Capitalisme, de l’avidité humaine? Dans « La Classe Ouvrière… », d’aliénation au travail? Dans « Enquête… », du pouvoir et d’impunité? Oui et Non. Difficile de résumer ces films à des  thèmes ou à des synopsis car ils en débordent toujours vertigineusement le cadre. Les films de Petri séduisent et impressionnent par leur énergie mais leurs narrations, insaisissables et enchevêtrées, ne cessent de dérouter. continuer la lecture>

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à propos de « La propriété c’est plus le vol » de Elio Petri (1973)    (reprise le 12 février 2014)

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On a redécouvert Elio Petri récemment, grâce aux superbes restaurations de ses films, de son premier coup de maître « Les Jours Comptés » jusqu’à « La Classe Ouvrière va au Paradis ». Aujourd’hui, « La Propriété c’est plus le vol » clôt avec brio la trilogie amorcée avec « Enquête sur un Citoyen au-dessus de tout Soupçon ». On ne peut que s’interroger au regard de ce film, toujours aussi aiguisé et inventif, sur le manque de considération (même posthume) de l’œuvre du réalisateur par rapport à celles consacrées de ses compatriotes, Antonioni, Pasolini ou Fellini. Petri, outre l’acuité et l’acidité de son propos – ici, il est bien évidemment question du « mal » de la possession, mais justement, sans manichéisme – reste un incroyable inventeur de forme, dont on serait bien en peine de trouver un équivalent. Reste à se laisser porter par la fable, dont la radicalité satirique et l’absurdité ne sont pas sans parenté d’esprit avec l’œuvre de Ferreri, mais dans une forme plus sensuelle et énergique. continuer la lecture>