jeu d’ombres

comrades_photo02 copieIl y a juste un an, on redécouvrait la somptueuse trilogie autobiographique du réalisateur écossais Bill Douglas (My Childhood / My Ain Folk / My Way Home (1972-1978)). Aujourd’hui, c’est au tour de son quatrième film « Comrades » (1987), premier long-métrage en couleur inédit en France. Cette vaste fresque relate sur un peu plus de 3 heures, le soulèvement d’une poignée de paysans dans le Dorset des années 1830, contre une baisse incessante de leur salaire qui les conduit à la famine. Ces camarades de la première heure vont fonder dans la clandestinité l’une des premières associations de travailleurs, un proto syndicat agricole. Leur mouvement, pacifique, se soldera par une lourde condamnation ; le pouvoir aristocratique ne pouvant tolérer un tel précédent.                                                                                                                                               continuer la lecture>

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une histoire de temps

À l’hyperréalisme de « Boyhood », on préfèrera la réinvention plus poétique de Bill Douglas, réalisateur écossais, qui narrait sa propre vie dans sa trilogie des années 70. Au rythme des trois films qui la composait, on voyait également grandir un jeune garçon. Stephen Archibald, lui-même issu d’un milieu populaire, (re)jouait l’enfance malheureuse du cinéaste. On sentait pourtant que la trilogie ne se bornait pas à une simple reproduction, ou à un leurre : elle accusait les sensations, les climats et les moments, comme autant de petites épiphanies, si douloureuses soit-elles. Il y avait autant de crudité que de transcendance dans ces tableaux affectifs avec leurs instantanés, un peu brutaux et hiératiques. Mais l’on y sentait surtout une authenticité liée au portrait croisé de ces deux enfances « surimprimées ». Les films documentaient autant la vie du jeune acteur que celle remémorée du cinéaste dans un jeu de balancier ambigu. Le procédé tenait de l’échange fasciné : une collaboration, pudique, généreuse, distanciée, comme si chacun s’avouait, en confiant sa propre matière – personnelle – à l’autre, plus ou moins directement. Cette synthèse autobiographique(s) donnait à la trilogie une beauté implicite. L’éloquence visuelle, la manière de se comporter à l’écran, se passaient de tout commentaire ou de dialogues explicatifs.                                                                  continuer la lecture>