Apartments en boucle | 1 |

Une 1

good evening(s)

Peter Milton Walsh, après avoir été membre éphémère des Go-Betweens en 78, s’est fait connaître avec « The Apartments », un nom de formation choisi en hommage au film de Billy Wilder, « La Garçonnière » (« The Apartment » sans les sous-titres). Ce faux groupe, renouvelé d’album en album au gré d’un parcours très sinueux (un début de carrière partagé entre l’Australie et l’Angleterre, mais vite relocalisé dans le pays d’origine après la banqueroute de Rough Trade, label du premier album), restera avant tout l’œuvre de son leader, auteur, compositeur et seul maître à bord. Tout au long d’une discographie erratique, l’australien se sera construit un monde musical très singulier, épique et introspectif à la fois, une sorte de journal émotionnel, à la croisée du post-punk, du story-telling folk, et d’une pop de chambre hors d’âge. Mais c’est surtout sa voix, véhicule d’une grande sincérité émotionnelle, avec ses éraillements, ses angoisses et sa vulnérabilité, qui, par delà les mélodies, les mots, nous aura durablement attachés à sa production. continuer la lecture

hymne solaire

Soleil_brille_3Avec « Le Soleil brille pour tout le monde », de 1953, John Ford dresse le portrait d’une petite ville du Kentucky, saisie dans les derniers jours d’une campagne électorale. Le juge Priest, un vieil vétéran sudiste, cherche à se faire réélire mais se met en situation délicate en prenant position dans une série de conflits. « Le Soleil brille… » est une célébration amusée du vieil sud déclinant et des petites communautés humaines « d’antan », administrées avec souplesse, de proche en proche. Ford y plaide la tolérance, dénonçant tour à tour le racisme du sud rural et l’hypocrisie de la bourgeoisie provinciale. Le cynisme politicien n’est pas en reste, surtout dans le clan Yankee, avec un candidat caricaturalement opportuniste. « Le Soleil brille… » est une sorte de fresque nonchalante sous-tendue par le suspense électoral, qui se grossit d’une multitude de personnages et d’histoires entremêlées. Au fil de la dramaturgie, savante mais discrète, l’humour cède le pas à des émotions imprévisibles, plus graves et touchantes. Malgré le progressisme de Ford (finalement très avance sur son temps), on a pu critiquer le réalisateur pour son amour un peu réactionnaire du vieux sud, un paternalisme blanc qu’il montrait sous un jour flatteur ou les stéréotypes raciaux qu’il perpétuait. Néanmoins, ces points de polémique, assez secondaires, n’enlèvent rien à ce « Ford » très accompli, d’une narration riche et complexe. continuer la lecture>

eaux vives

(3)

J’arrive en retard à la séance. Toujours ce laps des 10 minutes sans quoi l’on vous refuse l’entrée, et sur lequel j’empiète à chaque fois. La salle est remplie ; je dois déranger toute une rangée pour trouver une place. Cette fois encore, celles des bords sont occupées, malgré les fauteuils décentrés et le mouvement des allées, sans que je puisse m’expliquer pourquoi. On s’y loge dans un coin pour éviter le voisinage ? pour garder la possibilité de s’escamoter à tout moment ? Intriguant… Cette monomanie rejoint celles des rangs extrêmes : il y a le cadre des repliés solitaires, et quelques regroupements à l’avant-poste, ou dans les arrières bien serrées. continuer la lecture>

une aventure intérieure

TDT1 C1, ouv5 portrait

à propos de « The Terence Davies Trilogy » (1976-83) de Terence Davies (DVD)

Doriane Films sort dans sa collection Typiquement British les trois premiers moyens métrages du réalisateur anglais Terence Davies (dont les durées oscillent entre 20 et 40 minutes). La trilogie, d’inspiration autobiographique, rassemble « Children » (1976), « Madonna and Child » (1980) et « Death and Transfiguration » (1983). Le réalisateur l’entame, par les balbutiements de l’adolescence – c’est « Children », le volet le plus factuel mais déjà, d’une temporalité divergente – et va jusqu’à imaginer, non sans ironie, comment il vieillira, enjambant les âges, tous confondus, jusqu’à l’extrême vieillesse de l’épisode final. Il nous livre en guise de fils conducteurs : son homosexualité, un amour fusionnel pour sa mère, ses fantasmes sexuels, et le sentiment de culpabilité permanente qui l’habite. Son cinéma, d’une intensité peu courante, est suspendu entre un réalisme quasi documentaire, dans la lignée du cinéma anglais des années 60, et un montage lyrique, fait de trouées imaginaires et de passerelles temporelles. On l’aura compris cette première œuvre, inclassable et fulgurante, est d’une inaltérable singularité.……………. continuer la lecture>

viennoiserie

à propos de « Lettre d’une inconnue » (1948) de Max Ophuls

lettre3

Première réalisation américaine du réalisateur, « Lettre d’une inconnue » est une remarquable adaptation de Stefan Zweig avec, dans le rôle clé, l’actrice Joan Fontaine. Dans une Vienne début de siècle, une jeune fille grandit et aime secrètement un voisin pianiste, mondain et cynique. Délaissée après avoir été conquise, elle refusera pourtant de contraindre le musicien à endosser ses responsabilités… Film de maturité, formelle et thématique, « Lettre… » inaugure la splendide série de films qu’Ophuls réalisera sur la fin de sa carrière. « Madame De » et « Lola Montès » en seront les épisodes les plus marquants. Pourtant, malgré sa reconnaissance, l’œuvre d’Ophuls souffre d’un oubli relatif et prête toujours au malentendu. Car, contre toute apparence, cette œuvre n’a rien de candide ni de surannée, comme vient nous le rappeler cette reprise restaurée de « Lettre d’une inconnue ». C’est au contraire l’alchimie entre une cruauté mordante et une élégance formelle sans accrocs, qui font la saveur unique de cette orfèvrerie fine. continuer la lecture>

carnage

à propos de « La propriété c’est plus le vol » de Elio Petri (1973)    (reprise le 12 février 2014)

1_Petri,prop 

On a redécouvert Elio Petri récemment, grâce aux superbes restaurations de ses films, de son premier coup de maître « Les Jours Comptés » jusqu’à « La Classe Ouvrière va au Paradis ». Aujourd’hui, « La Propriété c’est plus le vol » clôt avec brio la trilogie amorcée avec « Enquête sur un Citoyen au-dessus de tout Soupçon ». On ne peut que s’interroger au regard de ce film, toujours aussi aiguisé et inventif, sur le manque de considération (même posthume) de l’œuvre du réalisateur par rapport à celles consacrées de ses compatriotes, Antonioni, Pasolini ou Fellini. Petri, outre l’acuité et l’acidité de son propos – ici, il est bien évidemment question du « mal » de la possession, mais justement, sans manichéisme – reste un incroyable inventeur de forme, dont on serait bien en peine de trouver un équivalent. Reste à se laisser porter par la fable, dont la radicalité satirique et l’absurdité ne sont pas sans parenté d’esprit avec l’œuvre de Ferreri, mais dans une forme plus sensuelle et énergique. continuer la lecture>

suspension

femme_douce_5

à propos de « Une Femme Douce » (1969) de Robert Bresson, restauration numérique, sorti en salles en novembre 2013

Un balcon, porte-fenêtre ouverte. Un guéridon se renverse lentement tandis qu’à côté, une chaise à bascule nue, se balance dans le vide. On voit un châle voleter mais on ne verra ni entendra le corps de la femme chuter. C’est l’interruption du trafic automobile, surpris dans sa bruyante routine, qui nous l’indiquera. Le corps s’est posé en bas, face contre terre, le visage intact, si ce n’est une blessure au front et un délicat filet de sang qui perle sur le trottoir. Plus tard, ce sera la veillée du corps dont on ne verra plus que les pieds, revêtus des bas, en manière de linceul. Le mari se livre à haute voix, prenant à témoin la bonne, mais s’adressant davantage à sa femme morte, semble-t-il, qu’à la vieille dame. Il repasse en boucle l’histoire conjugale et l’engrenage sournois des circonstances, mais plus que le chagrin ou la culpabilité, c’est son incompréhension qu’il ressasse. continuer la lecture>

mascarade

à propos de « L’Héritage (l’Eredità Ferramonti) » 1976 , de Mauro Bolognini

2_Boulangerie

Reprise en salles d’un chef-d’œuvre de Mauro Bolognini. Adapté du roman de Gaetano Carlo Chelli, « L’Héritage » se déroule à Rome à la fin du 19ième siècle. Les enfants d’un boulanger se disputent sa fortune mais se font doubler par une belle ingénue, Irène, qui vient d’épouser l’un des fils pour mieux s’approcher du père. Prétextant que le patriarche serait sur le point de se remarier, elle prend sur elle d’aller l’amadouer pour éviter qu’il ne cède son bien à une femme intéressée. Sur la base de cette intrigue familiale, Bolognini construit une fresque somptueuse et réaliste, sur l’ambition sociale et les intrigues de la bourgeoisie romaine. continuer la lecture>