beau miroir                                                   ( je rêve avec HSs trois )

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« La femme est l’avenir de l’homme » (2004)

Miroir, ma douce glace. Un titre comme un aphorisme, plus sibyllin et énigmatique qu’il n’en a l’air. On n’est pas certain qu’il faille y chercher davantage qu’une formule figurée, et en aucun cas un manifeste ou un hommage pro-féminin (ni l’inverse d’ailleurs). Dans « Turning Gate », il y avait une scène de lecture des lignes de la main par une voyante au dénouement très ironique (et presque moral pour le coup : le personnage masculin était puni et abandonné à son tour après cet épisode). Ici, cet avenir se figure dans le fait simple que les hommes se lisent, et se saisissent, à travers les rapports qu’ils entretiennent avec les femmes, mais cette relation, comme dans tous jeux de miroir peut aussi bien se renverser. Le personnage féminin, Sungwa, est « lu » et vu sous des apparences différentes selon les rapports, amoureux ou forcés, qu’elle a avec les hommes : son ex-camarade qui la viole au retour du service militaire, son petit ami qui la « purifie » en lui faisant l’amour de suite après, etc.

d’une femme à une autre ?

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vie de cochon                                          ( je rêve avec HSs deux )

« Le jour où le cochon est tombé dans le puits » (1996) film #1

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Tout est noir dans le cochon. Triste sexe et dents qui grincent. « Je t’aime moi non plus », c’est la rengaine qui court de film en film, en plus de « je m’aime moi non plus », dans le cinéma de Hong Sang-soo. Dans le ou les triangles amoureux, il y en a toujours un/une, conformément à l’archétype, qui en aime un ou une autre, qui en aime à son tour une ou un autre, qui en aime, etc. Le fil de la pelote est toujours fuyant mais quand il vous revient à la figure, la déconvenue est cinglante : une volée d’humiliations. Le premier film déjà très impressionnant du réalisateur traduit cette course folle qui conduit au désespoir : meurtre passionnel ou suicide esquissé en fin de non-perspective. « Le jour où le cochon est tombé dans le puits » est noir comme son fond. Il s’accroche presque au film de genre, un film noir existentiel, ou une tragédie. Tous un peu comme des cochons au bord du trou, autodestructeurs à force d’illusion et d’égoïsme. Heureusement, la filmographie de Hong Sang-soo saura prendre à l’avenir des détours plus comiques, mais ce premier geste de cinéma accuse une maîtrise impressionnante de la narration chorale, filée en échiquier : « une perle pour les cochons » comme le dirait en zézayant notre ami Tom Rapp.

un charme discret                                           ( je rêve avec HSs un )

« Haewon et les hommes » (2012)

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Le Charme discret de la rêverie. Songeries d’une jeune femme qui se mire dans les paroles des autres. Haewon est Haewon, et Haewon ? est Haewon, et Haewon ? est Haewon… De quoi démentir le naturalisme et la platitude extérieure de la mise en scène. Chez Hong Sang-soo, tout est affaire d’arabesques et d’échos sous l’apparence, trop tranquille pour être vraie, d’une ligne claire. Un amateurisme et une nonchalance en (de)trompe l’œil.

Kiyoshi Kurosawa – « Vers l’autre rive »

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Kurosawa nous revient avec un très beau film, poétique et intimiste, qui renoue avec les meilleurs épisodes de « Shokuzai » et son chef-d’œuvre de 2008, « Tokyo Sonata ».

On était sorti très médusé de « Real », le précédent film du réalisateur japonais, qui faisait se croiser une romance post-adolescente morbide avec un appareillage fantastique de Science-fiction un rien rétro. La neuro-machine permettait au héros (ou bien à l’héroïne) de se projeter dans les arcanes psychiques de l’être aimé, maintenu dans un état de coma après qu’il eût commis son suicide, et ce dans l’espoir de ramener ce dernier à la vie consciente. « Real » oscillait entre le très beau projet, une opportunité pour Kurosawa de saluer ses influences (Richard Fleischer, mais aussi probablement Resnais et Marker), et les concessions un peu trop appuyées du film de commande (la romance adolescente gothique, la stylisation manga, et même un vilain monstre tapageur en images de synthèse). et « Vers l’autre rive », alors !

Jean-Daniel Pollet – « La ligne de mire » (1958)

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On pouvait difficilement espérer découvrir un jour le premier long-métrage de Jean-Daniel Pollet ; un film « historique » qui a compté parmi les premiers (longs) de la Nouvelle Vague (il est daté de 1958-1960), et que l’on croyait définitivement perdu jusque-là. Sa redécouverte dans une version intégrale aux Archives Françaises du Film (au Bois d’Arcy) tient du petit miracle : un sursaut impromptu comme si le film, très malicieux, lançait un pied de nez posthume à son auteur pour se « venger » de sa relégation. Il faut rappeler que le film est resté quasiment inédit (pas de visa d’exploitation, pas de distributeur, et une poignée projections privées). Il a été vu par si peu de monde (par Pierre-André Boutang, ami proche du réalisateur ; par Jean Douchet ; enfin par Louis Seguin de Positif, auteur de l’unique critique du film, très acerbe) qu’on avait fini par se demander rétrospectivement, s’il ne relevait pas de l’affabulation collective. mirer plus long ?

Miguel Gomes – les 1001 nuits, L’Inquiet (Volume 1)

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C’était il y a quelques années, un coup pour « voir », comme ça. On se risquait à la projection d’un film, sur la foi de son titre ou de quelques photographies entraperçues, on ne sait plus au juste. Le film en question s’appelait « Ce cher mois d’août », et ce que l’on y trouvait était à la hauteur de ce que le titre annonçait : la promesse d’un rafraîchissement, les pieds dans l’eau, et de pérégrinations estivales sans but avoué, des petites circonvolutions hasardeuses. On ne sait plus ce que le film racontait, mais on se souvient très bien de comment il le faisait, entre deux eaux ou tons ; documentaire, fiction, fable documentaire peut-être, dans la douceur de quelques entrechats. un entrechat de plus ?

Miguel Gomes – les 1001 nuits, Le Désolé (Volume 2)

C’était il y a un mois, déjà. Le volume inaugural, et première salve des douces excentricités des « Mille et une nuits », sortait. C’était « L’inquiet » ; inquiet comme le réalisateur Miguel Gomes qui se lançait dans un projet de film impossible – une adaptation des Mille et une nuits en pleine période d’austérité européenne –, et inquiets comme ses alter-égos de fiction – comme Shéhérazade, qui narrait au Roi des nuits durant les histoires d’un pays en crise (le Portugal) en les parsemant de merveilleux, et comme Luis, le syndicaliste des chantiers navals, qui partageait l’accablement mélancolique de la belle conteuse. mais encore ?

Miguel Gomes – les 1001 nuits, L’Enchanté (Volume 3)

Ceux qui attendraient de ce troisième volet des Mille et une nuits, une conclusion en forme de pyrotechnie merveilleuse, en seront un peu pour leurs frais. « L’Enchanté » est encore plus ouvert, imprévisible, et prosaïque, que ses prédécesseurs. Mais à bien y regarder, son enchantement, déplacé de l’imaginaire vers la réalité documentaire, est sûrement le plus beau finale qui soit. Amer, ivre, et gracieux, comme peut l’être le chant des pinsons dans les bidonvilles portugais…

poursuivre l’enchantement ?