born to booze

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Stockton USA, Californie. Les destinées croisées de Billy Tully (Stacy Keach), un boxer sur le retour, abîmé par son divorce, prématurément vieilli par l’alcool, et d’Ernie Munger (Jeff Bridges à ses débuts), un jeune novice qui fait ses premiers pas sur le ring… « Fat City », c’est la ville fantasmée à l’embonpoint miraculeux, un rêve de richesse pour échapper à la sinistrose et à l’oisiveté ; c’est donc l’antithèse de Stockton, ville de la précarité, où les salariés sont les vrais marginaux. Les premières images du film photographié par Conrad Hall, donnent la couleur locale : radieuse et crépusculaire à la fois ; le soleil écrase la nuque et la misère s’étale le long des trottoirs… Seule alternative : la boxe comme planche de salut, très hypothétique ; ou les bars, derniers vestiges de sociabilité pour les éclopés du rêve américain ; des lieux de non retour. Mais ne pas s’y fier : « Fat City » qui est une sorte de récit initiatique contrarié, n’est pas un drame complaisant ; c’est une comédie douce-amère, même détonante, burlesque par endroits, malgré son réalisme cru. continuer la lecture>

nuitamment

nb-02 - Copie

L’année 2015 (cinématographique du moins) s’ouvre sous les meilleurs auspices : ceux du cinéaste Paul Vecchiali, dont on pourra découvrir ce mercredi en salles le dernier film et, dans la foulée à partir du 11 février, le premier volet d’une rétrospective : quatre films cruciaux des années 1970 présentés en copies numériques restaurées (« L’étrangleur », « Femmes Femmes », « Change pas de main » et « Corps à cœur »). « Nuits blanches sur la Jetée » est une étape significative dans la filmographie du cinéaste qui s’inscrit à la fois dans le droit fil de l’œuvre passée, tout en donnant l’impression d’une étonnante juvénilité créative. continuer la lecture>

Impénitence

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Les films du Paradoxe sortent « Sao Bernardo » (1971), un film brésilien inédit en France. Son réalisateur, Leon Hirszman, fût une figure importante du « Cinema Novo » en plein dans les années de dictature militaire. Décédé prématurément en 1987, il laisse derrière lui une œuvre courte mais influente, partagée entre documentaires et fictions. Son engagement y est manifeste – il y prend pour sujet les grèves ouvrières, l’analphabétisme, le travail agricole -, mais sans manichéisme ni didactisme. « Sao Bernardo », long métrage de fiction adapté du roman éponyme de Graciliano Ramos, ne déroge pas à la règle. Hirszman y traite du capitalisme agricole et de la servitude en conjuguant la tragédie et un dépouillement naturaliste. Un parvenu despotique, violent envers sa femme et ses employés, y tient le rôle principal. Plutôt que de le condamner, Hirszman lui cède la parole, pour que l’homme puisse montrer, au terme d’une longue et funèbre confession, comment il s’est construit puis anéantit au fil de ses ambitions. continuer la lecture>

viennoiserie

à propos de « Lettre d’une inconnue » (1948) de Max Ophuls

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Première réalisation américaine du réalisateur, « Lettre d’une inconnue » est une remarquable adaptation de Stefan Zweig avec, dans le rôle clé, l’actrice Joan Fontaine. Dans une Vienne début de siècle, une jeune fille grandit et aime secrètement un voisin pianiste, mondain et cynique. Délaissée après avoir été conquise, elle refusera pourtant de contraindre le musicien à endosser ses responsabilités… Film de maturité, formelle et thématique, « Lettre… » inaugure la splendide série de films qu’Ophuls réalisera sur la fin de sa carrière. « Madame De » et « Lola Montès » en seront les épisodes les plus marquants. Pourtant, malgré sa reconnaissance, l’œuvre d’Ophuls souffre d’un oubli relatif et prête toujours au malentendu. Car, contre toute apparence, cette œuvre n’a rien de candide ni de surannée, comme vient nous le rappeler cette reprise restaurée de « Lettre d’une inconnue ». C’est au contraire l’alchimie entre une cruauté mordante et une élégance formelle sans accrocs, qui font la saveur unique de cette orfèvrerie fine. continuer la lecture>

ricochet(s)

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En glissant sur internet à la recherche d’informations sur « Une Femme Douce » de Bresson, je découvre ce poster énigmatique du film, fait par une affichiste tchèque. C’est une jeune femme de profil, le visage masqué par ses longs cheveux blonds. Seule émerge une oreille et la chevelure, presque surnaturelle, s’enroule autour du cou : elle est comme aspirée par le large collier de perles turquoises. La robe noire et le fond achèvent d’isoler la figure au profil singulièrement découpé, comme un point d’interrogation. continuer la lecture>