(une synesthésie)   musique additionnelle

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Quelques transitions rêveuses de la musique aux images, des images aux mots, des mots musicaux et imagées.

Dream dreams the dreamer. Television me fait toujours rêver aujourd’hui, la guitare pointilliste de Verlaine, sa voix théâtrale et plaintive de fausset. Mais pour l’heure, c’est Alan Vega avec « Dream Baby Dream revisited », accompagné par Alex Chilton et Ben Vaughn qui me fait fantasmer. J’ai déjà parlé de mon admiration de l’album « Cubist blues », un complément imaginaire du film de John Huston, « Fat City ». Mais ici, nous sommes chez João Pedro Rodrigues. La chanson utilisée est un écrin générique. Elle cède le pas aux images, seules autorisées à faire rêver durant le film, leurs forces se suffisant en soi. « O Fantasma ! » Dream dreams the dreamer.

Sur « Odete », le film suivant du réalisateur portugais, la musique, qui n’est pas une musique originale composée pour le film, se mêle aux images. Elle dialogue avec l’irréalité de cette dérive de deux amants, rassemblés par delà la mort de l’un d’eux. Rui voit Pedro partout, il est littéralement hanté, habité par lui, sans pouvoir se défaire de ce sortilège affectif, en abattre le deuil. Dans l’habitacle de sa voiture, « Kangoroo » se met à raisonner, faisant endosser à Alex Chilton l’expression de son manque, affectif et sexuel, comme une voix intérieure, qui martèle sourdement et métaphoriquement, dans cette situation. Ailleurs, une chorale semble reprendre le « Smells like teen spirit » de Nirvana, mais avec d’amples respirations qui rendent la chanson originale un peu indiscernable, nettement plus sacrée que profane. Les jeunes voix font écho à la fantaisie perturbée d’Odete, et à ce fantasme de maternité qu’elle compense en étreignant la tombe du défunt sous une pluie battante. Elle finira par revêtir l’habit de Pedro pour s’ébattre avec Rui dans un simulacre de sodomie, bien réel pour eux trois, le fantôme et les deux larrons désirant.

Dans « Mourir comme un homme », c’est encore autre chose. La musique opère, principalement, à la charnière du film, dans un moment d’accalmie très bucolique. C’est le « Calvary » de Baby Dee qui amorce le déclin de Tonia, le personnage de transsexuel qui entame un lent calvaire physique, mais en même temps une ascension morale, une sorte de réconciliation avec soi dans la plénitude assumée de sa double identité sexuelle. Le tableau arrêté, du clair de lune au petit jour, est un portrait de groupe somptueux, très pictural, avec sa fluctuation de mauve, d’ocre, de rouge, de brun, qui décuple l’impact émotionnel de la chanson, et lui donne une assise très sereine…

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images :

« O Fantasma » (2000) | « Odete » (2005) | « Mourir comme un homme » (2009) | 3 films de João Pedro Rodrigues

(Epicentre Films – Rosa Filmes – Blackmaria – Ad Vitam Productions)

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