« Corps à Coeur » (1979)

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Nicolas Silberg et Hélène Surgère dans « Corps à Coeur » (1979) © Paul Vecchiali – Shellac 2015

« Corps à Cœur » (1979) est peut-être le film de Paul Vecchiali à découvrir en priorité dans la rétrospective des films des années 70, car tout en ayant une grande consistance formelle, il est d’un abord à priori (ce sentiment peut-être discuté) plus accessible que « L’étrangleur » : il ne requiert pas comme lui un état de laisser-aller, et de rêverie un peu déliquescente, secrètement érotisée. Pendant diurne et parfois solaire du premier, « Corps à cœur » s’inscrit dans la lignée des mélodrames passionnels. Pierrot, un mécanicien d’une trentaine d’années, tombe éperdument amoureux d’une femme plus âgée que lui, une pharmacienne (Hélène Surgère), qui se fait partiellement entretenir par un riche amant. Malgré leurs différences sociales et culturelles, sans parler de leur écart de maturité affective, Pierrot va entamer la conquête de cette femme qui ne lui est pas destinée – quasiment un mythe à ses yeux –, et cela d’autant plus qu’elle lui résiste ostensiblement. Ce véritable siège amoureux sera narré avec, en contrepoint, la description de l’environnement dans lequel vit Pierrot, un microcosme populaire sur le déclin qui se replie sur lui-même, au fin fond d’une ruelle archaïque. On retrouve dans le récit une forme duplicité, mais celle-ci illustre désormais la nature ambigüe du désir amoureux, de la magnificence de son accomplissement, sentimental et sexuel, jusqu’à ses inflexions les plus perverses et morbides : la consomption accélérée, le décalage des êtres, la manipulation égoïste…

 

« Corps à Cœur » est un sommet lyrique et émotionnel qui doit énormément à ses interprètes, Nicolas Silberg et Hélène Surgère principalement, absolument magnifiques. Pour autant, ses personnages n’en sont pas ni plus aimables ni saisissables : ils gardent en partie leurs opacités, leurs cruautés et lâchetés, tout en restant sincères et généreux. Pierrot est une sorte de séducteur qui va de l’avant, un enfant prodige capricieux qui multiplie les amours pour mieux échapper à l’atmosphère mortifère de son milieu ; rêvant peut-être aussi d’une émancipation sociale… Vecchiali entremêle le petit théâtre familial déclinant côté « cour », serti dans ce « décor » de ruelle en impasse, sorte de banlieue enferrée dans une autocélébration nostalgique ; et la flamboyance romanesque d’une passion impossible avec ses échappées fleuries. Un requiem cinématographique en hommage à Fauré et Grémillon dans lequel le lyrisme n’exclut pas l’humour, la dérision subtile…

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