« Change pas de main » (1975)

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Myriam Mézières dans « Change pas de main » (1975) © Paul Vecchiali – Shellac 2015

« Change pas de main » (1975) peut être lu comme le deuxième volet d’un diptyque féminin, dont « Femmes Femmes » serait le premier moment (les deux films étant par ailleurs co-scénarisés avec Noël Simsolo). C’est assurément la rareté de cette première sélection rétrospective, car le film, avec son contenu ponctuellement pornographique, n’avait pas fait l’objet d’une édition DVD individuelle, contrairement aux autres titres. Il partage avec le précédent, outre sa dominante de femmes à l’écran, le goût ludique du détournement, du simili pastiche, et d’une sur-théâtralisation du réel, investi par la fantaisie sexuelle et morbide de son héroïne. Le personnage joué par Myriam Mézières est un privé, figure de dure à cuire, mais aussi une incarnation mélancolique au sexe un peu las. Elle évolue entre le monde de sa commanditaire, une femme de pouvoir calculatrice, Hélène Surgère (l’Algérie et les ex-barbouzes de l’OAS trament dans le fond), et un cabaret interlope, devanture d’une industrie pornographique dérangée et crapuleuse, spécialisée dans le chantage.

Il fût beaucoup question à l’époque de la sortie, de savoir si « Change pas de main » n’était que la réponse à une commande, autrement dit un film d’exploitation plus que « d’auteur », ou s’il s’intégrait de plein droit dans la filmographie du réalisateur. Vecchiali, pour sa part, a répété sans malice apparente qu’il ne faisait aucune distinction entre ce film et les autres. Et « Change pas de main », en effet, ne se réduit pas à un simple film pornographique, étant bien trop stylisé et scénarisé pour cela ; il n’est pas davantage un objet « féministe » stricto sensu, même s’il joue l’inversion des rôles usuellement virilisés. Si l’on dépasse le débat critique, faux et insoluble – grande œuvre ou mineure, commande ou film personnel –, « Change pas de main » se regarde pour ce qu’il est : une sorte de fantaisie graphique un peu sombre, inspirée par le cabaret, ses travestis et ses postiches, dans lequel se projette, plus ou moins confusément, tout le trouble de l’époque : des identités, des visages, des sexes ; et celui du pouvoir, de ses accouplements et sa progéniture, forcément monstrueuse (Jean-Christophe Bouvet en rejeton pervers, muet et psychotique, échappé d’un roman gothique). Son imagerie distanciée et son exécution rapide n’appellent pas la même adhésion émotionnelle : c’est un plaisir de surfaces, reflets et déformations, souvent grotesque et affecté. Avec son lot de clins d’œil (au film noir, à Chandler, à Sternberg ?), le film navigue entre l’invraisemblance ludique de la culture de genre, la langueur des ébats rendus triviaux, et les dissonances morbides de la petite mort. Un crachat de dégout, lui sert, tel un symptôme, de conclusion amère.

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