« L’Étrangleur » (1972)

ETRANGLEUR_06 copie

Jacques Perrin et Jacqueline Danno dans « L’étrangleur » de Paul Vecchiali (Shellac films)

En attendant la ressortie en DVD des « Ruses du Diable » (le deuxième film de Paul Vecchiali, le premier étant perdu), il faut bien avouer que « L’étrangleur » (1972) apparaît comme le premier chef d’œuvre du cinéaste : une formulation très aboutie de ses obsessions (un « univers » : la rue, la nuit, les faubourgs populaires, un onirisme latent…) dans une forme cinématographique très élaborée (une sorte de jeu de piste à plusieurs protagonistes, associé au paysage mental de l’étrangleur, joué par Jacques Perrin). Le montage procède par entremêlements, faisant sentir à défaut de convergences, une unité de destinée mystérieuse entre le meurtrier Émile, un jeune homme aux traits angéliques (Jacques Perrin) ; Simon, (Julien Guiomar) le policier travesti en journaliste ; Anna, la jeune femme (Eva Simonet) et appât aux motivations ambigües ; et le « chacal » (Paul Barge), un voyou qui détrousse les victimes encore « fraîches » de l’étrangleur…

La construction du film donne l’image cliché d’une toile d’araignée, d’une construction qui s’échafaude patiemment en retardant toujours la révélation de son dessein, mais dont la logique se tord à mesure que le récit avance, à quelques pas à peine de l’arrivée. La fabulation romanesque de l’étrangleur, qui prétend délivrer les femmes désespérées en leur accordant une mort anticipée plus douce, se dérègle sous le flux des hallucinations, et de pulsions criminelles ravivées par la trahison de Julien. Le policier, quant à lui, entretient une proximité quasi fraternelle avec le criminel, des plus troubles. Au cœur du récit, il y a déjà la musique lancinante de Roland Vincent, comme un carrousel démoniaque qui célèbre l’envoûtement inaugural du personnage ; et cette image récurrente, insérée en flash muet, d’une traversée nocturne aux abords du cimetière Montparnasse, souvenir matriciel que l’étrangleur revit durant chaque nuit, et qui donne l’impulsion d’un nouveau meurtre.

Il faudra donc (pour nous spectateurs) nous libérer d’une fausse attente, celle du thriller et de sa résolution, pour saisir le charme morbide de cette dérive dans l’imaginaire criminel, irrationnel et poétique, de prédation et de délivrance de cet étrangleur ; un imaginaire qui est partagé – et c’est là, la perversion insidieuse du film – par l’ensemble des personnages. Un inconfort donc, mais qui se magnifie à chaque re vision en révélant son impeccable construction.

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