syndrome cathodique

CRONENBERG - 1983 - Vidéodrome,1Avouons-le, nous (enfin, moi, comme on dit) sommes de la vieille école. Non, non et non, on ne succombera pas à la série mania. Re nom de nom, on n’ira pas chanter à tort et à travers que le cinéma est à la ramasse, et qu’une bonne série télé, ça l’enfonce bien bas question de scénar et tutti ! Et on ne donnera pas dans cet espèce d’anti-snobisme, une pose comme une autre, sous couvert de glorieux antécédents comme Twin Peaks ; passant sous silence l’inconsistance de sa deuxième saison où Lynch, un peu las ou pas si fou, refaisait un peu de cinéma ailleurs, laissant la série partir à vau-l’eau dans une succession d’élucubrations scénaristiques sans queue ni tête. Certes depuis cet âge reculé – les années 90 – de belles séries américaines sont passées sous le pont (d’or) de la télévision, mais, rien à faire !                                                                             

N’en déplaise aux satisfaits, une série, un film, et vice-versa, ce n’est pas la même chose ; c’est pas mieux ni moins bien, c’est juste… différent. Le plaisir du feuilleton, de son processus, chose tout à fait noble en soi, diffère de celui d’un film, fermé comme un tableau, et où la construction est circonscrite dans une durée et un cadre qui sont éprouvés d’un seul cillement. Inversement, l’amateur de millepattes télévisuels, pour remédier aux baisses d’attention et aux disjonctions intermédiaires, consomme la série en rattrapage, par blocs souvent indigestes d’épisodes qui n’en pointent les défauts, que trop bien. Mais, outre le désagréable sentiment d’addiction, et la facilité de l’absorption, il en sort passablement robotisé.

Bien-sûr quand les réalisateurs de cinéma se collent à l’exercice, cela a l’attrait de l’expérience, voire du petit frisson sacrilège. Il y a pas meilleure perche pour relancer la promotion de ce média qui, à une certaine échelle, davantage financière que qualitative, devance le cinéma. Au demeurant, la médiocrité n’est pas l’apanage ni de l’un ni de l’autre. Bref, on nous a tartiné les oreilles de confiture et depuis, ça colle dur : et vas-y que je te donne du festival, que je te passe un peu de série au cinéma, et que je te fais venir telle star, et que je te sollicite quelques réalisateurs, sûr d’une intuition d’ores et déjà rentable.

Que dire de la série surfaite « Top of the Lake » ? Pas grand-chose. Non seulement, on sent le délayage scénaristique dans le train-train de certains épisodes ; les maniérismes irritants de Jane Campion seconde manière – la féminité en blason, la sexualité un peu poseuse, les beaux mâles vulnérables, plus les effets picturaux et le casting mannequinat – ; mais aussi les rebondissements bâclés et une référence qui, même avouée, reste trop appuyée (twin lake?).

Aujourd’hui, c’est le Quinquin, et, sans questionner la sincérité du cinéaste (d’une certaine manière, cela valait aussi pour Jane Campion qui restait, avec sa série, dans son pré carré « auteuriste »), un même effet d’aubaine, celui du petit, ou du grand coup, médiatique. Alors « P’tit Quinquin » de Bruno Dumont, c’est pas si mal mais c’est pas si bien. Disons que le réalisateur a l’intelligence ou la roublardise de contourner les écueils principaux de toute série, quelle qu’elle soit – la répétition, l’effilochement, et la conclusion arbitraire, forcément téléphonée –, pour muer tout ça en comédie. Le fait que ça coince, que ça se prenne les pieds dans le tapis en éructant des borborygmes, Dumont en fait le principe même de sa série : par définition, l’absurde ne va nulle part, sinon contre la vitre, pour s’y écraser le pif dans une grimace grotesque. Ce serait donc – hormis l’espèce de pied de nez qu’il se fait à lui-même, et à son image de cinéaste-philosophe-mystico-bressonien – le coup de génie de Dumont : une idiotie « subversive ». Le résultat est loin d’être honteux, mais le problème, c’est de voir le numéro arriver, les intentions un peu trop marquées, avec cette volonté systématique de jouer sur la limite ambigüe entre le rire et la gêne. Mais c’est surtout le phénomène qui dérange, cette espèce de culte fabriqué et auto-consacré, davantage que l’objet en lui-même, car à sa manière, Dumont accomplit un tour de force (dans la direction des non-acteurs, l’ampleur de la composition, la tentative comique).

Ce qui se joue indirectement, c’est en somme – et parfois aux corps défendant des principaux intéressés, qui en tirent tout de même une contrepartie publicitaire très bénéfique –, un nouvel épisode de cette petite imposture télémédiatique.

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