peur du vide

03_It Follows copie

Le panoramique à 360° de « It Follows » de David Robert Mitchell renvoie irrésistiblement à celui de « Vampyr » de Dreyer, quelques 80 ans plus tard, dans une boucle fantastique. Ce regard impossible est aussi celui de « l’Exorciste », sauf que, dans les deux cas précités, le regard est dissocié du corps, dématérialisé, dépersonnalisé et ambigu. Est-ce la présence maligne du vampire qui cherche une issue, ou bien l’affolement d’un témoin extérieur, un équivalent du narrateur, de l’interlocuteur des romans ? Est-ce le regard anxieux du héros, qui chasse, ou est chassé, et interroge chaque recoin d’espace avant de reprendre sa course ?                                                                                                                                                                               

pano1Cette figure mystérieuse, impersonnelle, ou interpersonnelle, se réactualise dans « It Follows » durant une scène clef. Le mouvement s’intercale entre l’héroïne et son contrechamp, montré cycliquement, du point précis où pourrait surgir la menace une fois incarnée. La caméra, postée dans le couloir d’une université commence doucement à tournoyer. Elle oscille entre une « face », la porte ouverte d’un bureau de scolarité avec l’adolescente occupée dans le fond, et son « dos », la grande façade vitrée du hall, qui donne sur la pelouse animée du campus. Avant qu’elle ne prenne une apparence physique, la chose qui pourchasse est déjà là, au moins potentiellement, dans ce mouvement virtuel. La peur de sa proie y est aussi.

pano2L’ambigüité de la rotation reste la même : elle oscille entre les deux pôles dans un jeu de vases communicants. Le regard paranoïaque de la victime, qui se retourne et inspecte, génère sans rupture son origine anxiogène. Le mal, porté par son ubiquité, se manifeste, faisant réponse à cet appel. La particularité de « It Follows » comme de « Vampyr », est de mettre en scène ce regard dynamique, irréellement détaché, qui rôde dans le vide. Celui de « Vampyr » est alerte, celui de « It Follows » est groggy : il se matérialise péniblement, dans une lenteur inhumaine. Le mouvement est celui d’une centrifugeuse qui essaime ses particules au ralenti avant de se concentrer dans une direction. La force est momentanément prisonnière d’un sas, une forme de tambour invisible ; elle en cherche laborieusement l’issue. Peut-être a-t-elle besoin que le danger soit ressenti, et la peur consciente, pour que, revigorée, elle entame enfin sa marche prédatrice.

pano3Le fantastique et le charme poétique de « It Follows », résident moins dans les tenants et les aboutissants de l’intrigue, ou dans les manifestations spectaculaires du mal, que dans une sorte d’affectation générale qui leste l’atmosphère. Elle touche aussi bien l’ectoplasme protéiforme – avec sa marche lente, ses membres débiles -, que les adolescents, eux aussi abattus et à deux doigts de la résignation. La mélancolie se diffuse dans le décor, les maisons, et dans des quartiers entiers laissés à l’abandon. Les parents et les proches, dissipés en cours de récit, réapparaissent en nus incestueux face aux groupes d’enfants orphelins, condamnés à l’errance. Tout se précarise et périclite lentement. Les regards finissent par s’abimer dans le vague.

 

lire là aussi une autre figure fantastique

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s