série bée

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Un démon de foire avance cahin-caha sur un rail qui grince. Un homme effaré fait marche arrière avec sa voiture ; il finit empêtré dans les câbles d’un poteau électrique. Dans un avion qui vole vers l’Angleterre, Dana Andrews peste contre Peggy Cummins ; elle l’empêche de dormir en écrivant, la loupiote allumée. Étendu sur le siège incliné, lui ne cesse de se recouvrir le visage, avec un journal qui glisse aussitôt. Il n’aura pas l’idée de faire le noir avec sa veste. Cette scène de comédie donne au film son inévitable contrepoint romantique. La rencontre mal engagée se poursuit dans un jeu de séduction, toujours teinté d’humour et empêché par une suite de péripéties ininterrompues. Autant Andrews trimballe un faciès de dogue mal réveillé, qui en fait le stéréotype du film noir – un quidam fatigué ou arrogant avec une mâchoire à la Dick Tracy -, autant Peggy Cummins est gracieuse et enfantine, mais absolument consciencieuse. Ce couple de scientifiques, partagé entre scepticisme et conviction, se dépêche de démanteler une secte satanique, chapeautée par un vieil garçon rondouillard à la barbiche hérissée. Mais il est un peu tard, l’homme du générique a succombé, et un nouveau sort vient d’être jeté, via un ruban de parchemin dissimulé dans les affaires du professeur à peine débarqué. Un nuage de fumée, précédé par des fréquences lointaines, suggère une présence invisible, prête à donner la chasse. La nuit est d’encre ; le bois s’anime de lueurs irréelles et le parapsychologue court à perdre souffle.

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Ailleurs, un chat démoniaque se change en panthère pour un corps à corps maladroitement mimé, mais atténué par le clair-obscur qui impressionne l’imaginaire. C’est aussi le parchemin ensorcelé, qui tente de s’escamoter, fuyant par tous les conduits d’air ou le long d’un rail de chemins de fer, pour conduire la proie dans la gueule d’une locomotive… « Rendez-vous avec la peur » est bien l’archétype de la série B, et en l’occurrence d’épouvante. Les quelques maladresses, liées à l’étroitesse du budget et au manque de perspicacité du producteur – dont la matérialisation, contre l’avis de Tourneur, d’un démon baveux bon marché –, n’effacent pas l’efficacité et la cohérence du film. Contrairement au gros des séries B, alternant morceaux de bravoure et remplissages ineptes, cette « nuit du démon » (du titre original anglais) se tient de bout en bout, portée par les somptueux éclairages d’Edward Scaife, et par l’inventivité et la malice de Tourneur. Il y a également, un plaisir pris à un certain schématisme, davantage compris comme une stylisation enlevée qu’un manque d’écriture. La bonne série B, et ici, on en tient un modèle très équilibré, doit avoir cette rapidité de trait et de turbulences, comme une attraction qui ne laisserait pas le temps de se retourner, mais sans provoquer pour autant d’indigestion. John Carpenter saura y trouver son miel mais aussi Sam Raimi à ses débuts. Les deux premiers volets d’Evil Dead prolongent les figures empruntées à Tourneur, tout en leur donnant une ampleur grotesque, d’un grand guignol éruptif. C’est évidemment la poursuite en caméra subjective des proies qui matérialise la force démoniaque errant dans les bois, un grondement assourdissant dans sa trainée. Et dans la suite, c’est le héros qui lutte, non pas comme ici avec un félin, mais avec sa propre main possédée, pour une scène de ménage hystérique qui se conclut de manière très tranchée.

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