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à propos de « Coup de Cœur (One from the Heart) » de Francis Ford Coppola 1982 (édition DVD / Blu-ray, Pathé, 2013)

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Injustement méprisé, « Coup de Cœur » est un très beau film, ludique et chorégraphié, qui déploie une profusion de moyens, d’autant plus démesurée que le récit est ordinaire. Dans cette comédie musicale nocturne au ton de grand spectacle, située quelque part entre Broadway et les mirages de Vegas, c’est une banale rupture sentimentale qui a lieu. Un couple lassé par la routine conjugale, se dispute et se sépare le temps d’une nuit, chacun errant de son côté à la recherche d’une Shéhérazade ou d’un Prince du désert, avant de se retrouver et de se conformer, finalement, à un chant de vie commun, plus ordinaire. La trame est éprouvée, empruntant à la comédie sentimentale hollywoodienne comme à la chronique conjugale, mais le traitement que Coppola lui apporte, baroque et hyperbolique à souhait, lui donne une démesure inédite. L’errance nocturne se mue en échappée imaginaire et extraconjugale, avec ses coups de blues et ses élans d’insouciance. Les personnages, à l’instar du réalisateur, n’auront de cesse de transcender leur ordinaire, quitte à se construire une illusion spectaculaire, une sorte de grande rêverie aux allures « d’entertainment » sur fabriqué.

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La disproportion du traitement par rapport au contenu somme toute modeste voire mineur, aura valu une durable incompréhension au film, taxé de dérapage mégalomane, commercial, ou d’inconsistance scénaristique. « Coup de Cœur » est davantage connu pour son fiasco financier, qui endettera Coppola durant des décennies, que pour ses qualités intrinsèques. Le film rendait flagrant l’hétérogénéité des sources d’inspiration de Coppola et leur éclectisme, mais surtout, le fait que chez lui le contenu était davantage affaire de mise en scène que de sujet noble ou imposant. A sa manière dispendieuse, Coppola montrait son amour des genres populaires, niant toute différence de traitement avec des sujets plus ambitieux. Il a donc prodigué à cette fable conjugale le même soin dans la création et le même jusqu’au-boutisme formel que pour ses autres films, recréant dans un geste insensé, les avenues et les enseignes de Las Vegas en studio. Le résultat ravit pour autant qu’on adhère à son invraisemblable principe. Plus fréquemment, le film aura désarmé, au point qu’il restera longtemps dans les marges de la filmographie de l’auteur, rangé dans la case des manqués inexplicables. Certains amateurs du cinéaste en condamnent aujourd’hui encore les outrances. Dans le film, la quête d’une aventure amoureuse épousait effectivement les mirages et les vulgarités d’une ville néon pailletées. Pourtant, Coppola donnait dans un kitch qui n’était ni involontaire ni parodique, et encore moins cynique. Il s’agissait une nouvelle fois de mettre en perspective l’imaginaire de personnages très communs et la déformation quasi généralisée que cela entraînait, dans une sorte de grande divagation collective. Le réel dissolu, y devenait une fantasmagorie à ciel ouvert, un grand spectacle de rue.

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Pour cautionner le film, comme pour les grandes œuvres précédentes, on a donc été tenté d’y lire une réflexion sur les médias et les divertissements de masse, entre vacuité, illusion et vulgarité.  A l’heure des grandes mutations médiatiques – règne de la télévision, apparition de la vidéo et déclin hollywoodien des années 70-80 – cette lecture d’un Coppola campé en contempteur baroque semblait faire sens, comme elle l’avait fait autrefois pour le Vietnam de « Apocalypse Now ». Pourtant indépendamment de cet alibi critique, le film se regarde comme une œuvre sincère de pure mise en scène, qui semble célébrer davantage que dénoncer avec sa féérie enfantine, les plaisirs et les sortilèges du grand spectacle, industrie hollywoodienne et music-hall compris. En somme, Coppola aura chèrement payé le luxe de son paradoxe créatif : celui d’un projet anachronique, mais de plain pied avec son temps, une sorte de « All That Jazz » partagé entre présent, passé, ordinaire et ailleurs onirique.

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Les bonus comportent de nombreux documents montrant la prodigalité des décors construits en studio, l’utilisation pionnière de la vidéo pour « story-boarder » le film (qu’il poussera d’un cran pour « The Outsiders » en faisant une véritable maquette vidéo du film) et les incessants dépassements qui mettent Coppola en grande difficulté. Entre conférence de presse houleuse et moment de tension, Coppola s’octroie quelques moments de détentes auto-parodiques en forme de contre annonces publicitaires dans lesquelles il met en scène sa jeune fille Sofia. Se tortillant face à la caméra, l’enfant se désole des absences de son père, de sa mauvaise humeur chronique, et d’un endettement astronomique pour un film, qui somme toute risque d’être un beau raté!

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Coup de Cœur : © 1982 Zoetrope Studios. All rights reserved.
//  Conception graphique DVD – Blu Ray : © 2013 Pathé Distribution. Tous droits réservés.

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