teenage kicks

à propos de « The Outsiders, the Complete Novel » de Francis Ford Coppola (version remontée de 2005), 1983

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Pièce de choix de ces éditions Pathé de 2013, « The Outsiders » dans sa version de 2005, a été remonté par Francis Ford Coppola pour rapprocher le film de son montage originel. Il donne à voir une œuvre sensiblement différente de la version connue, plus cohérente, plus intimiste, avec une force émotionnelle amplifiée. Comme on le découvrira dans les bonus, de nombreuses scènes avaient été coupées par le réalisateur sous la pression des studios.

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Ancré dans la mythologie de la jeunesse américaine, entre délinquance et vagabondage bucolique, le film narre les affrontements entre deux bandes rivales dans un patelin de l’Oklahoma. Ce sont les jeunes des quartiers ouvriers (les Greasers) qui luttent sans répit contre leurs adversaires nantis de la bonne société (les Socs) sans que l’on ne discerne plus dans ce combat absurde, qui est agresseur ou agressé. Dans l’ancienne version, la relation des protagonistes principaux, trois frères orphelins, membres des « Greasers », se démenant dans un simulacre de foyer familial, y était sacrifiée pour plus d’efficacité commerciale. C’est le film de gangs adolescents, avec force règlements de compte, qui prenait le pas dans le montage resserré imposé par le studio, aux dépens des apartés intimistes. Dans la version remontée, les scènes de Robe Lowe (l’un des trois frères avec le cadet, C. Thomas Howell, et l’aîné, Patrick Swayze) qui étaient largement retirées, sont pleinement réintégrées ; la dynamique de la bande son est accentuée par l’ajout de standards rockabilly (Presley, J. Lee Lewis, Carl Perkins) et surf (The Marketts, The Ventures) qui relègue en contrepoint la partition orchestrale originale du père de Coppola ; la structure narrative du montage avant coupures, complexe dans son énonciation et sa temporalité, est restaurée, avec son récit en boucle entre présent et remémoration permanente…

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Les remaniements de cette version intégrale, donne une aura très singulière à « The Outsiders », célébration tendre et suspendue d’un moment de grâce adolescente. Cet aspect était moins flagrant dans le montage connu jusque-là, où le « teen-movie » adolescent et le pastiche sixties tendaient à l’emporter. « Outsiders » se regarde aujourd’hui comme une sorte de descendant lyrique des mélodrames sirkiens, citant Nicolas Ray, Robert Wise ou Victor Flemming. Le film se démarque par la cohésion de ces jeunes interprètes et par l’inventivité, visuelle et narrative, tout à fait contemporaine, de Coppola. C’est certainement un film hommage mais qui dépasse sa dimension strictement référentielle par un lyrisme très singulier. Douceur, pudeur, fraternité, bonheur et perte mêlés… Le film, à la lisière du sentimentalisme, ne tombe jamais dans une chronique trop sirupeuse ni dans les complaisances attendues pour un public adolescent. Encore une fois, même si le projet semble moins ambitieux que les films précédents, Coppola surprend avec cet étrange projet rétro et atemporel, une œuvre qui, sous le vernis de sa distribution eighties, s’avère éminemment délicate et personnelle. L’image (restaurée) est évidemment somptueuse…

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Les bonus comptent parmi les plus intéressants car ils éclairent sur la méthode très pointilleuse de Coppola. Le réalisateur a rassemblé ses jeunes acteurs, alors quasi débutants, et leur a imposé une vie collective durant le (ou les) mois de préparation du film, qui reproduisait les inégalités de statut entre les deux bandes du film par des différences d’avantages (vêtements, confort du logement…)! Durant cette longue préparation immersive, les répétitions sont entièrement pré filmées en utilisant la vidéo alors balbutiante et en incrustant les acteurs sur fonds photographiques. On y apprend aussi la genèse de « The Outsiders », le film étant l’adaptation d’un roman écrit par Susan Hinton alors qu’elle était encore adolescente. Le livre qui retraçait les affrontements réels entre bandes dont l’auteur avait été témoin, est devenu depuis un classique populaire de la littérature adolescente célébré dans les lycées. En bons « complétistes », on pourra seulement regretter le fait que la nouvelle version éclipse la première et que les deux films ne soient pas réunis dans la même édition…

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The Outsiders : © 1983 Pony Boy Inc. © Zoetrope Corporation. All rights reserved.
//  Conception graphique DVD – Blu Ray : © 2013 Pathé Distribution. Tous droits réservés.

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