Coppola 80’s : grand saut et mauvaise réception

à propos des éditions DVD et Blu Ray de 3 chefs-d’œuvre de Francis Ford Coppola, inédits en France

Sofia

Parler ici de chefs-d’œuvre occasionnera peut-être quelques grincements de dents, car si « Conversation Secrète » est considéré à juste titre comme un opus majeur, « Coup de Cœur (One from the Heart) » et « The Outsiders » ont longtemps été regardés, tout au mieux, comme des films mineurs qui annonçaient le déclin du réalisateur. Pourtant ces réalisations début 80, poursuivaient avec invention, mais aussi avec davantage d’éclectisme, l’œuvre visionnaire de Coppola, sans rien concéder aux grandes exigences formelles du réalisateur. En revanche, les sujets abordés pouvaient sembler de prime abord moins « politiques » et davantage ancrés dans une « petite » économie de films de genre populaires et divertissants (la comédie musicale sentimentale de « One from the Heart », au kitch absolument assumé, ou le revival sixties de « The Outsiders »). Hommages? Pastiches? Vain formalisme? Maniérisme? Ballons commerciaux ? Le système Coppola était mis à mal. La réception des nouveaux films de l’auteur des deux épisodes du « Parrain » et de « Apocalypse Now », soulevait plus de questions et d’incompréhension que d’unanimité. Dans ces dernières œuvres, Coppola accentuait la facticité de son cinéma en créant des univers entièrement imaginaires (immense reconstitution de Las Vegas en studio ; revisitation du mélodrame en technicolor), avec un souci de maîtrise toujours empreint de mégalomanie artistique. Sa force visionnaire quittait le terreau des réalités contemporaines (Guerre du Vietnam, mises sur écoutes…) pour se réfugier dans des univers fictifs, plus rétros que prospectifs, comme l’avait pu être en son temps le « Parrain », cet avatar modernisé du film de gangsters des années 30.

Outsiders (43)

Revus aujourd’hui, ces magnifiques films forment avec « Conversation Secrète » un triptyque à la plasticité toujours envoûtante, et surtout, une sorte de point de bascule dans l’œuvre du maître, symptomatique des malentendus que celle-ci peut susciter du fait de sa versatilité. La liberté de Coppola le conduira toujours à réaliser des films sans se soucier des œuvres précédentes ni des attentes suscitées, au risque de dérouter son public par des changements impromptus de registres ou de formes. Passé « Rumble Fish » et ensuite un « Cotton Club » bien plus conventionnel, Coppola mettra longtemps à réémerger des infortunes économiques et parfois critiques qui accompagneront ses films successifs à compter des années 80. Dans les années 90, sa production, freinée par les studios et en partie déconsidérée par le public, reste discrète et erratique. Il faudra attendre en effet la deuxième moitié des années 2000 pour voir Coppola renouer, hors des studios, avec des projets artistiques plus personnels, sans grands moyens mais avec une vigueur et une liberté artistique retrouvées.

One from the heart_mont-stardust_bor

Ces éditions de « One From The Heart » (jusqu’ici inédit) et de « The Outsiders » (dans un montage inédit), qui sont tout deux des films rares, un peu marginalisés dans la filmographie du réalisateur, est donc un évènement de taille. Le travail visuel inouï de Coppola y est magnifié et rappelle combien, il reste un « styliste » inégalé mais aussi un excellent narrateur au lyrisme toujours affleurant. Cette volonté de « grande œuvre totale » se déploie jusque dans des formes, apparemment mineures et dépourvues d’enjeux, mais toujours vivement investies. Elle se caractérise également par une création musicale très soignée qui entre en intime résonance avec le matériau filmique : de la partition obsédante de piano par David Shire sur « Conversation Secrète », jusqu’à la bande son tonitruante de cette version de « The Outsiders », en passant par la BO du jeune crooner éraillé, Tom Waits, écrite pour « One From the Heart ». Trois films donc, qui bousculent l’univers des films de genres dans lesquels ils s’inscrivent tout en en célébrant magistralement les codes et les formes. Trois films, dont l’édition conjointe, permettra surtout, de saisir la cohérence d’un corpus, par delà ses divergences et ses ruptures de styles apparentes.

Conv

 

Chaque film est assorti d’un lot de bonus (un second DVD), avec quelques redondances (le même entretien de Coppola avec les étudiants de la Fémis, bizarrement reproduit sur chacun des bonus) mais aussi avec un bon nombre des documents intéressants, qui permettent de cerner le contexte de création de chaque film. Ces éléments généreusement compilés restent un peu décousus, mais au-delà de la convention du « bonus » propres aux éditions commerciales (avec sa part de remplissage et de superflu à zapper), s’y amorce un semblant de direction éditoriale, chacun étant signé par Coppola et sa firme Zoetrope. On y trouvera aussi le désormais incontournable commentaire audio du réalisateur pour les « visionneurs » les plus zélés.

3 Visus

Affaire à suivre…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s