3D de comptoir

art11_ima.3DA propos de 3 x 3D, film collectif comprenant 3 courts métrages de Peter Greenaway, Jean-Luc Godard et Edgard Pêra, réalisé en 2012. Le film, présenté à Cannes dans la semaine de la critique, a été produit dans le cadre de Guimarães 2012, capitale européenne de la culture

.

Argh! Zêtes prêts à vous fader un film de bidoche, une horreur du genre à vous retourner les ocules dans le globe? D’ac? Comment ça oui mais court? 3 courts alors? Ca tourne…

Moi, on me l’avait pas dit (pas finaud le garçon), 3x3D, j’avais pas recoupé, j’ai pas l’esprit pervers. Mais quand on m’a tendu les lunettes avec la serpillière à miasmes miniature, j’en ai presque rigolé. Mon premier Godard en 3D! Saloperie de marketing culturel! J’étais juste venu pour voir JLG radoter sur les petites histoires avec un grand G – pas plus – incrédule mais bienveillant. J’ai fait de mal à personne, je suis un bon garçon, moi. Mais faut croire qu’il y a des gens à Guimarães, ville portugaise multiséculaire auréolée en 2012 du bon rouge « capitale européenne de la culture », qu’ont de la suite dans les idées. La voilà, la suite : 3 films, courts de préférence, de 3 « imminents » cinéastes : Greenaway+Godard+Edgard Pêra, le dernier étant portugais, et 3 dés pour points de vue, car on ne saurait être unidimensionnel sur la 3D. Comment ça vous les voyez venir?

Mon premier, Greenaway, ouvre la danse en pelant comme un oignon l’église de Guimarães, dedans, dehors, le cloître, la ville, l’antique, le présent, les résurgences des figures qui ont peuplé la cité. L’idée de ce Just in Time est belle si ce n’est un peu trop programmatique. Au moins, Greenaway se joue de la circularité à 360° et d’une virtualité tant spatiale que temporelle, qui devient la virtualité de la ville. Il ne fait pas – ouf – de contre proposition. Il y a donc des écrits, des dessins, des splits en quinconce, et c’est aussi baroque que l’interface interactive d’un CD ROM. Simple hic, ho, roc ou hoquet, certains diront que c’est un peu excessif, plus art contemporain que cinéma, et encore, d’un poli un peu vain. Hormis la notule incongrue d’un hérétique brûlé sur le bûcher pour avoir pratiqué les annales, Greenaway semble avoir enfilé ses mocassins lustrés afin d’honorer l’institution.

Viennent ensuite les 3 désastres de Godard, condamnation trop prévisible, qui passée le bon mot inaugural (les trois misères), fait long feu même si l'(in)forme est délectable. Quelques facéties : le cinéaste s’emploie à casser la stéréo par une mono désorientée, revient aux primes images, et disserte sentencieusement sur les crimes de masse. Mon pauvre Welles tant malmené par tant de petits comptables obtus… Mais jusque-là, comme avait dit un grand cinéaste populaire d’avant les misères, ça va (encore).

Arrive le contrepied de nez final, soit Cinésapiens du portuguais Edgard Pêra, fantaisie qui croise le préhistorisme, la dictature, les évangiles, les 3 KKK, l’entrain des frères lumières, un lovercraft de pacotille mâtiné d’Indiana Jones, une rose pourpre SaïFi, la boulle à disco, du boulga, plus une bande son d’une tonitruance sans répit…  C’est drôle et kitch comme un soupir, même 3 (x3). On se demande si un Michael Moore, plus qu’un Edward Wood ou un Coppola, ne serait pas venu tenir la lourde manivelle de Pêra.

En somme, le projet dans son ensemble, ficelé comme une mauvaise question réponse de philo, avance, lunettes chaussées, à l’échec. Fallait-il se complaire dans l’équation palissade, vulgarité = spectacle de la vulgarité, puisque ça en est, moi en faire, ou en défaire? Qui plus est, décrier la 3D en s’y adonnant, belle idée de papier, laisse le spectateur dans l’impasse. Seule notable exception, Greenaway l’emporte sur ses pairs tant sa proposition est (chose peu commune chez le cinéaste) visiblement dépourvue de cynisme, que l’on y goûte ou pas. Ailleurs, l’affaire est trop bien entendue. Les deux charges critiques, trop redondantes, s’annulent quand le seul geste de Godard aurait suffi. Une chose est sûre en tout cas, le film atteint sa cible. La 3D, ou anti 3D permanente, m’aura irréversiblement fait mal aux yeux…

.

de l’envoyé spécieux William Lurson

.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s