Écrit sur du vent

13-06-07_art6_humeur,vent,mont.fluxChers lecteurs invisibles, je ne vous entends pas mais je vous écoute. On me dit, ça et là, que mes posts sont trop longs. ça fatigue. J’acquiesce. J’y mets du mien, du moins j’essayerais (déjà perdu pour celui-ci). C’est vrai, moi le premier, ça m’use de devoir avaler de la tartine en ligne. Tout pareil, scroll rolling, je slide, sautille de l’interligne. Pour autant, ce formatage du post et du gazouillis m’horripile. Court et concis, c’est la règle. Ta vie en quinze caractères, une vidéo de Utube, un pix, un stream…ça repose et ça aide à tenir. C’est que la machine, il faut l’alimenter quotidiennement et que l’attention du lecteur, forcément saturée des milles sollicitations qu’il s’inflige, n’est pas exponentielle.

Inconfort visuel, attention limitée, certes, il y a du vrai, mais puisque on tient là un espace d’expression, blog ou webzine, relativement libre et indépendant, pourquoi s’imposer un tel formatage? Et pire, dans ce turbinage, au fond, le message n’a plus vraiment la fonction de supporter un contenu. C’est un écran temporaire. Tyrannie incessante du flux : il ne fait que préparer la venue d’un autre billet qui le rendra obsolète et sera à son tour tout aussi précaire que son prédécesseur. Ecrire et lire, arrêter l’attention, tracer un peu de mémoire… Mais là, le texte ne fabrique plus que du survol, charme de la nouveauté et de son effacement immédiat, une façon de dire bonjour avec un contenu accessoire, une manière de lutter contre une mise à mort perpétuelle : si tu ne postes plus, tu n’existes plus, c’est l’activité plus que la substance qui soutient l’attention.

L’immorale de l’histoire, au-delà de l’hyper vanité de l’entreprise, c’est que, et le lecteur, et « l’éditeur », se soumettent à cette injonction qui n’a rien de naturel. Nos habitus numériques ont fait de nous des sautilleurs perpétuels, consommateurs impénitents d’instantanés et d’un multimédia indistinct où le texte ne vaut guère plus qu’une image. Le formatage des blogs consacre cette tendance : colonne minus et galerie multimédia, disjonctions autonomes au lieu de journal, apparitions déliées et éphémères, apologie du périssable. Pourtant, il ne tiendrait qu’à nous de sortir de cette économie. Pouce. Refermer les vannes. Prendre le temps de respirer. Recommencer à écrire à notre guise, et à lire, sans plus sauter de lignes.

sans plus sauter de lignes.

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