Jazz Nomades 2013 (petit deux) : lyriques mais explicites

art4_Jazz nom petit 2_Avant, Albert Marcoeur, il y en a eu d’autres, des aimables agitateurs, le long de cette soirée Jazz Nomades du 29 mai 2013 aux Bouffes du Nord à Paris. Résumé des épisodes précédant l’Albert dans un désordre ordonné…

Goujat va! Bin ouais, c’est un festival quoi, on n’arrive pas à destination sans chausser les wagons même si, surtout si, les ouvriers se sont amusés à croiser les rails. On commence par quel bout? Denis Charolles et Vimala Pons dans un numéro de savant déséquilibrisme? La batterie est dans un coin, bancale, quelques plateaux à fromages spoerriques dans les entournures. On entre sur scène en se disputant les gourmandises dans une valse à trois temps plus quelques uns de trop. Ça éructe primal, ça tique de la cymbale et concupisce à chaque tom tom. Les frettes d’une guitare slide mise au pas, hurlent sous la semelle, tandis que des contrepoints parlés signent la faillite des numéros d’équilibrisme, on laisse tomber, vite lassés. Les enfants déchaînés pressent leurs numéros, en alignent plus que de déraison : un madrier sur la crinière, un Roland Garros improvisé en fond de cours et bientôt, pour quelques égarés de Pigalle, un déshabillé de danseuse plus un poulet à sacrifier. La hache dressée entre les deux cils tombe d’aplomb, le tranchant à quelques cms du dégluti. La volaille sauvée, le ménage entonne à deux le refrain d’un miracle ordinaire, ce soir encore, non, notre amour ne périra pas. Et le rimmel, mal léché, de couler, d’un réflexe si ému…

N’est pas Gogol qui veut (ça se travaille comme on dit) et encore moins Daniil Ivanovitch Iouvatchev. Un décor domestique de théâtre de boulevard, un accessoiriste importun traîne sur son dos un lourd gilet de laine et un tintouin de cloches à vaches, un fantazio bellâtre à fine moustache épelle la bienvenue, un violoniste temporise en fouettant l’air de son archet tandis qu’un autre s’accroche au balcon, puis des drôles de dialogues surviennent entre Noémie Boutin et Sylvaine Hélary. Là et ça, on peut croiser des boucles de dialogues ratés à la répétition névrotique, sortes de pièce touchée gagnée par un timing comique, ou un concours de slapstick très claquant que n’aurait pas renié un autre surréaliste tchèque, le grand Jan Svank… C’est vaillamment désordonné, plein d’énergie et de drôlesse, aussi étrange qu’un bon Doillon.

Mais cette pièce de montée en résistance, menant au quatuor pour cinq d’Albert Marcoeur, passait d’abord par une introduction inspirante. Une belle, contrebassiste de son état, y entonne une étrange sérénade, tandis que Monsieur sort du placard la clarinette bassement courroucée, et qu’un intriguant vient parader l’air de ne pas consommer. La ronde se mue rapidement en joute. On se défie. Ce sont d’abord de jolis préliminaires avec les soufflets rebondis d’une grande toile vaporeuse. Le corps de Mathurin Bolze, couche, découche, tournoie, propulsé par les élastiques du trampoline. Puis le Sclavis se met à hurler, casse la fourniture, tape du jarret. Bientôt, l’intriguant joue à boire et à recracher de l’eau dans un numéro de suspens, liquide et corps en apesanteur. En guise d’acmé, on le verra retomber et grimper alternativement le montant de l’arc, comme si dans sa bravade, plus ou moins volontaire, il voulait défier la gravité, et courir, en faisant le tour du cintre. On salue la belle Élise  …  Dabrowski (c’est important les silences).

A huit heures moins dix, nous, on encombre le couloir dans l’attente de l’ouverture, pour gagner les places du rez-de-chaussée, plein centre, et la meilleure acoustique possible. Malgré qu’on m’ait soutiré deux euros pour la réservation téléphonique, moi, humble mangeur de pâtes, et en dépit de l’inconfort de la station, je me dis, qu’il se pourrait bien que j’assiste à une drôle de soirée.

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